L'auteur

A 52 ans, Marc Levy a vendu plus de 24 millions de livres dans le monde. Mais les critiques restent de marbre, et lui reprochent toujours des thèmes peu téméraires comme l'amour, l'amitié et l'enfance, même saupoudrés de fantastique. L'auteur s'en moque: lors d'un chat pour L'Express en juin 2010, il reconnait ne pas se poser la question d'être "un grand écrivain".

Le livre

Un sentiment plus fort que la peur débarque le 14 février, une date sans doute pas décidée par la magie du hasard, thématique pourtant distillée par l'auteur dans ses livres. Le titre de ses 440 pages évoque illico un autre colosse des rayons, Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer. Sur la couverture, un changement de taille par rapport aux précédentes publications: en lettres capitales, le nom de l'auteur écrabouille le titre: Marc Levy s'affirme. La quatrième de couverture promet en outre un "suspense haletant."

Extrait

Notre lecture

La page 99 expose Andrew et Suzie, qui semblent proches depuis quelques pages à peine. Un passage clé, au sens propre du terme: Andrew confie celle de son appartement à Suzie. Quel est leur lien? Marc Levy aurait-il abdiqué face au tsunami Fifty Shades of grey ? Andrew et Suzie vont-ils entretenir une relation horizontale sur peau de bête à deux doigts d'une cheminée? L'environnement décrit s'y prêterait, cet appartement arraché d'un décor en carton d'une série américaine. Une autre phrase pourrait entériner cette thèse coquine: "L'eau chaude met un peu de temps à venir, mais une fois qu'elle arrive, faites attention, elle est brûlante." Orgasme subliminal?

La page 99 dévoile une discussion sans véritable richesse, des dialogues du quotidien, creux mais réalistes. Qui de toute façon converse comme Kierkegaard dans la vraie vie? Marc Levy fournit ce qu'on attend de lui, en cela le contrat est honoré. La première phrase de la page, "Vous me proposez de séjourner dans un appartement hanté?" fait en outre écho sans subtilité au premier livre de l'auteur, celui de son envol, Et si c'était vrai? Marc Levy tenterait-il à nouveau le coup de l'amour dans le placard? Non, réplique instantanée du personnage: "Mon ex-femme ne rôde que dans ma tête."

Côté style, la description de l'appartement passe par le point de vue de Suzie, qui lui "trouve du charme". Andrew est visé, c'est évident. Marc Levy pourrait prolonger ce petit jeu implicite, mais il enchaîne sur un dialogue virtuel peu crédible entre Suzie et l'ex d'Andrew visible sur une photo: "C'est toi qui lui as brisé le coeur?" En réalité la demoiselle aurait mitraillé d'insultes sa rivale. Bon -petit- point cependant, l'abandon du monologue intérieur, du moins sur cette page, et l'irruption de LA phrase mystérieuse: "L'idée de dormir chez moi m'effraie un peu", Suzie est-elle poursuivie, tel Robert Redford dans Les trois jours du condor?

Verdict

Cette page 99 séduira sans conteste les fans, qui se régaleront des ingrédients clés de la recette Marc Levy: un mystère, un événement passé qui chatouille toujours l'esprit, et les prémices d'une relation. Les autres suivront le précepte de Suzie qui, répondant à la question "Vous ne faites pas visiter?", assène "Non, je n'y tiens pas." Le plus drôle est que parmi ceux-là, beaucoup n'ont jamais ouvert un Marc Levy.