Coup d'éclat romanesque d'un Parmesan né en 1969, Un sacrifice italien entrecroise deux trajectoires christiques. Celle du grand Pier Paolo Pasolini, le cinéaste, poète et écrivain que l'on sait, et celle de Francesco Ferrari, personnage fictif. Fils d'un mineur décédé depuis peu, ce génial footballeur contemporain de Paolo Rossi, manière de Michel Platini transalpin, verra sa carrière se fracasser avec le scandale du Totocalcio, les paris truqués, alors qu'il est blanc comme neige.
Pasolini, pour qui «le football est l'une des rares consolations de la vie», et Francesco Ferrari font connaissance sur un grand terrain vague entre Parme et Mantoue en mars 1975. L'année où le premier trouvera la mort quelques mois plus tard sur une plage d'Ostie.
A seize ans, Francesco a joué à Parme dans les équipes de jeunes. Il sait contrôler le ballon «si parfaitement qu'on a l'impression que son corps s'adapte à lui comme s'il était en caoutchouc».
Ce jour-là, pour gagner quelques lires au lieu de travailler sur un chantier avec son oncle, Francesco se fait enrôler pour le match qui oppose l'équipe de tournage de Salo ou les cent vingt journées de Sodome, film monstrueux que son auteur a imaginé «comme le déchaînement du néant sur une civilisation disparue», à celle de 1900 de Bernardo Bertolucci.
Le bourgeois cinéaste fréquente depuis l'adolescence le communiste et homosexuel quinquagénaire. Ami de son père, Pasolini l'avait alors promu assistant-réalisateur lorsqu'il préparait Accattone. Grâce au talent de Francesco et à ses chaussures à crampons magiques, l'équipe de 1900 va logiquement l'emporter sur celle de Salo.On notera aussi la présence dans ces pages du jeune Alberto, sorte de double littéraire de l'écrivain, un gamin qui voit rarement son père, prie pour que Dieu fasse gagner l'équipe d'Italie contre le Brésil lors de la Coupe du monde de 1982 et rêve de partir en Espagne assister à la finale.
Alberto Garlini ne manque ni d'audace ni de souffle. Un sacrifice italien, son deuxième roman mais le premier à nous parvenir, est porté d'un bout à l'autre par une langue violemment poétique admirablement servie par la traduction de Vincent Raynaud. Lyrique et grandiloquent, ce pavé placé sous le signe de saint François d'Assise se lit également comme une radiographie de l'Italie des années de plomb. Un détour par le Frioul s'impose.