Après les cinémas d'art et d'essai, c'est au tour des librairies indépendantes de bénéficier du soutien des collectivités publiques. Du moins, certaines d'entre elles. Car le label "Librairie indépendante de référence" (Lir), instauré par le décret, n'est décerné qu'à certaines conditions : les librairies doivent notamment réaliser au moins la moitié de leur chiffre d'affaires annuel avec "la vente de livres neufs au détail", fournir "une offre diversifiée de titres" et proposer toute l'année "une animation culturelle" de qualité.

 Du côté des grandes librairies, on décolle. "C'est un ballon d'oxygène, résume Denis Mollat." Avec 102 salariés, plus de 24 millions de chiffre d'affaires et 2700 mètres carrés de surface de vente, ce patron bordelais est à la tête de la première librairie indépendante de France. "Le label, c'est très bien, ajoute-t-il, un rien cynique, mais ce sont surtout les avantages économiques qui nous intéressent". Autrement dit, la suppression quasi automatique de la taxe professionnelle ou (et) des allègements fiscaux en cas d'obtention du label. Même son de cloche chez le numéro 2 du secteur. "On attendait avec impatience ce décret, confirme Jean-Marie Sevestre, PDG de la librairie Sauramps, à Montpellier. Celui-ci nous permettra à la fois d'être reconnu par rapport à la grande distribution et d'améliorer le salaire de nos libraires."

 Chez les "poids moyens", l'enthousiasme est plus modéré. A la tête de l'une des plus anciennes librairies du Midi-Pyrénées, Danielle Deloche affiche un pragmatisme de rigueur. "Quand on se met à avoir de la sympathie pour un métier ou une race d'animaux, c'est généralement qu'il est en voie de disparition, fait-elle remarquer. Je suis assez inquiète de la situation qui me paraît d'une grande fragilité". A la tête de 13 salariés et militante dans une association de libraires à Montauban, elle considère la mesure comme "un symbole fort", mais reste plus réservée sur son efficacité d'un point de vue économique.

 A Paris, où la concurrence est peut-être la plus rude, les rares libraires indépendants restent dubitatifs. "La mesure m'intéresse a priori beaucoup, mais je ne suis pas sûre qu'elle me concerne", avoue Florence Raut, cogérante de la franco-italienne "Libreria". Cause de l'incertitude ? "Avec Marina, nous n'employons aucun salarié", explique-t-elle. Or, d'après le décret, toute librairie doit attribuer au moins 12,5% de son chiffre d'affaires "aux frais des personnels affectés par cette activité" pour bénéficier du label, ce qui ne peut être le cas en l'occurrence. Les deux Parisiennes ont jusqu'au 15 mai (30 avril les années suivantes) pour éclaircir ce point et déposer leur dossier. D'ici là, elles pourront toujours participer à la Fête de la librairie indépendante, qui se tiendra le 25 avril.