En 1942, près du hameau de Saliers, en pays d'Arles, le gouvernement de Vichy fait construire, à des fins de propagande, un camp d'internement modèle pour les nomades. Le 27 novembre 1942, un premier convoi de 299 Tsiganes quitte Rivesaltes pour un village camarguais typique, réalisé par l'architecte des Monuments historiques de l'époque. Ils seront ainsi près de 700, Gitans originaires d'Espagne, Manouches venus d'Allemagne et d'Italie, Roms des pays de l'Est, à être internés jusqu'en juillet 1944. Très vite, surpeuplement, promiscuité, insalubrité, mistral, absence d'eau potable, moustiques rendent les conditions d'existence inhumaines. Dans ces baraquements blancs au toit de chaume, les enfants sont les principales victimes.
L'exposition intitulée Un camp pour les Tsiganes, Saliers (Bouches-du-Rhône), 1942-1944, établit un parallèle entre la mémoire orale des Gitans et celle, écrite, de l'administration. Et ce grâce au travail de l'historienne Marie-Christine Hubert, spécialiste de l'internement des Tsiganes, qui a collecté archives et documents officiels, et aux précieux carnets anthropométriques présentant les photos de face et de profil des internés. Grâce aussi à la ténacité d'un jeune photographe, Mathieu Pernot. Par attachement pour ce peuple, il s'est plongé dans des lectures douloureuses, a arpenté Saliers pour finalement, grâce à ses réseaux, retrouver et photographier une quinzaine d'anciens rescapés éparpillés à travers la France. Ces images leur rendent leur dignité. En même temps qu'elles nous rappellent que, sous le régime de Vichy, quelque 6 000 de ces nomades ont été internés dans une trentaine de camps français, tandis que, à Auschwitz, 4 000 Tsiganes étaient exterminés dans la seule nuit du 1er août 1944.