Aux économistes qui évoquent l'élasticité de la demande au prix, éditeurs et libraires peuvent ajouter : ... aux prix littéraires. Le palmarès de cette semaine fait la démonstration arithmétique irréfutable de l'incidence des récompenses sur le comportement des lecteurs, la trésorerie des éditeurs, des libraires, et des auteurs. Les prix Femina et Médicis, décernés les 2 et 3 novembre, font une irruption fracassante dans le palmarès des ventes de L'Express dans la semaine écoulée, du 1 au 7 novembre. Jugez-en. En tête déboule Patrick Lapeyre, prix Fémina pour La Vie est brève et le désir sans fin (POL). Publié le 23 août dernier, le roman totalise 35.000 ventes dont 8.000, soit près du quart, pendant les cinq jours suivant sa consécration.

Le constat est identique pour Sofi Oksanen, très bien partie, puisqu'elle était à la 7 place avant de recevoir le prix Femina étranger pour Purge (Stock). La jeune Finlandaise est propulsée à la deuxième place (57.000 exemplaires, dont 8.000 depuis l'annonce du prix). Ce qui est vrai pour le Fémina l'est aussi pour le Médicis. Maylis de Kerangal passe de la 17 place du classement à la 6 ème depuis que Naissance d'un pont (Verticales) a emporté le Médicis. Et David Vann - par ailleurs, prix des lecteurs de L'Express au printemps dernier - et succès de librairie, dépassait les 82.000 exemplaires (+3700) depuis le Médicis étranger.

Attendons la semaine prochaine pour dresser, sans doute, le même constat sur le Goncourt, le Renaudot, etc. Côté essais et documents, la faculté d'indignation paye. C'est la première réflexion qui vient à l'esprit avec la vague Stéphane Hessel et son minuscule livre de 32 pages à 3 euros, Indignez-vous ! , un titre explicite qui égrène les raisons, de s'indigner - "motif de base de la Résistance", rappelle cet ancien résistant, devenu ambassadeur, aussi vert à 93 ans qu'aux temps de sa jeunesse. A savoir : l'écart entre riches et pauvres ; l'état de la planète ; le traitement fait aux sans-papiers , aux immigrés, aux Roms ; la course au "toujours plus", la compétition ; la dictature des marchés financiers ; le délitement de l'Etat-providence. En quinze jours, le livre s'est vendu à plus de 14.000 exemplaires, un excellent résultat dans cette catégorie. Pour Indigènes éditions, une maison située à Montpellier et spécialisée dans les arts et les savoirs des "cultures non-industrielles du monde", Maoris, Papous, Inuits..., la fin de l'année 2010 ne pouvait être plus douce.

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