Influencés par le cinéma américain débarqués avec les GI dans la seconde moitié des années 1940, les auteurs franco-belges ont très vite puisé l'inspiration dans les grands thèmes hollywoodiens.

Après Les Pieds-Nickelés au début du 20 siècle, puis Tintin, Quick et Flupke ou Spirou, dans les années 1930, voici venu le temps des cow-boys. Dès 1946, Morris fait ainsi son miel des westerns de John Ford ou William Wyler : son poor lonesome Lucky Luke parodie les justiciers flegmatiques et solitaires dans un Ouest lointain infesté d'Outlaws. Au fil des albums, le dessinateur puise dans la légende de l'ouest pour créer ses personnages, Dalton, Billy the Kid, ou Calamity Jane. Il multiplie clins d'oeil et références, le tueur Phil Defer inspiré de Jack Palance dans L'Homme des vallées perdues de Georges Stevens, ou le prêcheur de La Diligence, décalqué du personnage de Robert Mitchum dans Cinq cartes à abattre (Henry Hathaway). Sans parler de Rantanplan, jumeau couillon du noble Rintintin.

En 1954, Jijé crée son Jerry Spring, qui prend délibérément le contre-pied des personnages à la John Wayne pour incarner un héros empathique et un peu crade, lui-même précurseur du mythique Blueberry de Jean-Michel Charlier et Jean Giraud, né en 1963. S'il traîne la gueule et la dégaine de Belmondo, le lieutenant pouilleux et tricheur préfigure le néo-western et les ambiances crépusculaires.

Les aventures de Blueberry influenceront à leur tour plusieurs générations d'auteurs, qui continuent à se repasser le flambeau. Parmi les grandes réussites, le somptueux Western de Van Hamme et Rosinsky, paru en 2001, preuve éclatante que le scénariste de XIII et Largo Winch est aussi un très grand auteur (ce qu'il avait déjà démontré en explorant un autre genre, l'heroïc fantasy, dans Le Grand Pouvoir du Chninkel, un chef d'oeuvre paru en 1988, également en tandem avec Rosinski).