C'est dans une France estivale, aux jambes hâlées et en bras de chemise, que nous entraîne Caroline Lunoir. Sa narratrice a rejoint sa famille pour le 15 Août, saluant grands-tantes et grands-pères avec une politesse infinie. Ça sent le magnolia, l'éternité chic et les souvenirs à la Ségur. Derrière les hauts murs, on croise aussi le jardinier et la femme de ménage, gardiens fidèles de la tradition. Cette année, grand-père a fait construire une piscine, histoire d'attirer les jeunes sous le parasol crème. Rien ne devrait changer sous la charmille, ni les dîners arrosés, ni les commérages. Rien ne bougera, ou presque, en dépit de certaines phrases prononcées à voix basse : on ne mélange pas les torchons et les serviettes, les domestiques n'ont pas à se baigner quand les patrons sont dans la place. Le Moyen Âge n'est pas si loin.

Caroline Lunoir ne rejoue pas la lutte des classes, elle appartient à une génération qui ne se bat pas et baisse la tête sous la réprimande des aînés. Son premier roman est un sombre constat, un court texte lucide qui décrit une jeunesse molle, incapable de se révolter. L'écriture élégante conforte ce sentiment et permet d'affirmer que cette jeune romancière a une voix singulière.