Non, Paysage après la bataille, qui vient de recevoir le fauve d'or 2017 à Angoulême, n'est pas un roman graphique. C'est une bande dessinée, point. De 432 pages, d'accord, mais, jusqu'à preuve du contraire, un récit en cases dessinées avec phylactères est une BD. Cette volonté d'ennoblir un album en le labélisant "roman" est ridicule. Voilà.
NOTRE DOSSIER >> Festival de la BD d'Angoulême
Donc, un beau et grand album qui plonge dans l'intimité d'une femme échouée dans un camping hors saison, hors du temps, presque hors de tout. Son passé remonte au fil du crayon, son drame affleure comme celui des locataires des autres caravanes: un ancien boxeur, un gardien adepte de puzzles, un couple de retraités.
Les Belges Eric Lambé et Philippe de Pierpont dessinent le paysage physique et intérieur de Fanny, occupée à panser des plaies encore vives. Le trait d'Eric Lambé, léger et sombre, puissant et précis, joue les contrastes entre réalisme caressé d'un coup de crayon et glissement surréaliste qui transforme un corps recroquevillé en pierre. La BD, à ce point évocatrice et incarnée, est le seul genre capable de ces voyages intérieurs qui brise le récit tout en nourrissant le romanesque. C'est magnifique. Le reste n'est que littérature.
PAYSAGE APRÈS LA BATAILLE, par Eric Lambé et Philippe de Pierpont. Actes Sud BD/FRMK, 432p., 29¤.
