Je m'en irai dormir dans le paradis blanc...", chantait Michel Berger en son temps. Il faut croire qu'il ne songeait pas à l'immensité glacée de la Laponie, laquelle aurait pu lui occasionner certains cauchemars. Et notamment en janvier, lorsque le soleil disparaît dans la nuit polaire. A Kautokeino, dans l'extrême nord de la Norvège, voilà quarante jours que les hommes attendent qu'il leur rende leur ombre. Sans se douter que son (bref) retour mettra la lumière sur une vague de crimes qui vont bientôt secouer ce pays de toundra.

Tout commence avec le vol d'un tambour traditionnel, habituellement utilisé par les chamans, et qui s'apprêtait à rejoindre en grande pompe le centre culturel local. Un larcin qui aurait pu rester mineur s'il n'avait été suivi, peu après, du meurtre violent d'un vieil éleveur de rennes, retrouvé les deux oreilles tranchées. Ces deux affaires sordides seraient-elles liées? C'est ce que vont tâcher de découvrir le désabusé Klemet Nango et la jeune Nina Nansen, duo d'enquêteurs aussi dissemblables que possible, membres de l'étonnante "police des rennes", une brigade transfrontalière chargée de surveiller tout ce qui a trait aux troupeaux. Leurs investigations ne vont pas tarder à révéler des querelles longtemps enfouies sous la neige, impliquant activistes lapons, fondamentalistes protestants, ainsi qu'une mystérieuse expédition conduite par Paul-Emile Victor en 1939...

Correspondant du Monde à Stockholm depuis 1994, Olivier Truc est assurément fin connaisseur de cet univers glacé, hostile en tout point. Et son érudition sur le sujet n'est pas pour rien dans le succès de ce charmant premier roman. Loin des polars scandinaves traditionnels, son Dernier Lapon penche vers le polar ethnique, genre popularisé par les enquêtes en pays navajo de Tony Hillerman, ou les tribulations aborigènes d'Arthur Upfield. C'est au son des joiks, ces chants traditionnels du Grand Nord, qu'on découvre la richesse et la fragilité de la culture sami, aujourd'hui prise en étau entre tradition et modernité, autonomie politique et développement minier. Ajoutez à cela un style vigoureux et une intrigue bien ficelée, jusqu'à un final éblouissant, et vous comprendrez pourquoi on reviendrait bien s'aventurer un jour dans ce paradis blanc...