Plus de 30000 disparitions forcées ont eu lieu au Mexique depuis une dizaine d'années. Des hommes, des femmes, des étudiants, n'importe qui peut être enlevé et s'évanouir dans la nature à jamais. Tué ou séquestré, qui sait? Le gouvernement, l'armée, la police, les gangs et les juges mexicains sont de mèche à plus ou moins grande échelle. Il ne s'agit que d'asseoir les pouvoirs en place par la terreur.

Une enquête poignante

Le journaliste Federico Mastrogiovanni, établi là-bas, a longuement enquêté et livre, avec Ni vivants ni morts, le portrait ultra documenté et tétanisant d'une population paralysée par la peur. D'une ville à l'autre, il rencontre des activistes ou des experts, écoeurés.

Un des rares rescapés de l'enfer raconte les tortures. Les viols. Les humiliations. Le rire de ses ravisseurs. Une épouse attend le retour de son mari depuis plus de trente ans. Sa jeunesse s'est flétrie, sa vie n'est qu'un long deuil impossible. Sans pathos, mais avec bienveillance, l'auteur évoque les yeux vides d'un père privé de son enfant, les visites à la morgue pour retrouver un fils. Et, parfois, cette lueur d'espoir horrible lorsque parvient aux familles un sac d'ossements...

NI VIVANTS NI MORTS, par Federico Mastrogiovanni, trad. de l'espagnol par François Gaudry. Métailié, 236p., 18¤.