Un nouveau roman de Philippe Besson est-il une surprise? Non, car il en publie un par an, chaque mois de janvier, depuis quatorze ans. Oui, car il parvient, une fois encore, à surprendre et captiver.

Première page. Un homme raconte. La fin de son adolescence. Il avait 16 ans lorsque sa mère est morte, 18 quand son père est parti. Fin de la première page : "J'ai oublié de vous dire : aucune de ces deux morts n'est accidentelle."

Et voilà, tout est en place... On n'a pas besoin d'en savoir davantage sur l'intrigue, on sait que l'on ira jusqu'au bout, que l'on tournera les pages fébrilement - d'autant plus fébrilement que ce diable de Besson écrit court, sec, vif, à la manière d'un bon polar : on dirait Simenon égaré sur la côte atlantique. C'est sur ces rivages que Philippe Besson entraîne ce jeune adolescent grincheux, qui vient de passer son bac et entendait bien vivre l'été de ses 18 ans avec ses copains quelque part dans une station balnéaire du Sud.

Au lieu de quoi, le voilà dans la maison de son enfance avec son père, la maison atlantique. Un père qu'il n'a jamais vu. Trop pris par son travail, trop occupé à gagner de l'argent, trop pressant avec les femmes. Est-ce cela qui, déjà, avait tué sa mère, plus qu'une dose trop forte de médicaments, juste après le divorce ? Mais l'idée du suicide est dans toutes les têtes.

Le père est un séducteur. Ou plutôt un prédateur : il lui faut toutes les femmes qu'il rencontre. Jamais rien ne l'arrête, ni personne. Cet été-là, cet été moite et fastidieux, ce devait être de grandes réconciliations entre le père et le fils. Rien ne s'est passé comme prévu...

Un père et un fils que tout sépare, un jeune couple qui vient s'installer dans la maison voisine : elle, jolie, trentenaire, fragile, rend le père complètement dingue ; lui, le mari, devient rapidement trop encombrant... Peu à peu, les pièces du puzzle s'assemblent. Mais ce puzzle-là est un piège, une toile dans laquelle tous vont s'empêtrer.

Philippe Besson écrit sur l'engrenage. C'est son sujet de prédilection, les petites mécaniques inéluctables. Lorsque chacun s'entête, plus personne n'est innocent. Il n'y a plus de victimes, seulement des complices. Voilà ce que montre ce remarquable roman.