L'auteur
On pourrait présenter Olivier Adam, 38 ans, natif de Draveil dans l'Essonne (on y reviendra, on y revient toujours), par une série d'oppositions: banlieusard fasciné par Paris, Parisien attiré vers le large, néo-Malouin régnant sur une bonne partie de la France lectrice depuis Je vais bien, ne t'en fais pas, paru en 2000 au Dilettante et adapté au cinéma en 2006 par Philippe Lioret. Des origines modestes, qui le mettent en porte-à-faux avec une belle carrière d'écrivain, occasionnent à cet homme centrifuge d'insolubles complexes. Désespérément, il cherche sa place, et cite à l'envi son aînée, Annie Ernaux, qui disséqua les mêmes troubles socio-existentiels.
Le livre
Les Lisières, son douzième roman, marquent son entrée chez Flammarion, où il a suivi son éditrice après 10 ans passés à L'Olivier. On y retrouve ses grands thèmes: la banlieue et ses douleurs, la famille et ses crises, et son double de papier, Paul Steiner, qui arrive, bien secoué, au seuil de la quarantaine. Les lisières, ce sont les lieux et les chemins de Steiner, de la province où il a trouvé fragile refuge jusqu'à la ville de banlieue où il doit retourner, mère malade. L'occasion d'un bilan sur lui, et sur un pays qui a peut-être perdu le nord.
Les extraits des pages 98-99
Notre lecture
Cette histoire-là, nous la connaissions déjà. Quand on est jeune, on est de gauche. Quand on vieillit... Comme le chantait le groupe Téléphone, "Ex-Robin des Bois, travaille pour le roi". Bien. François, un jeune homme aux idées larges, que nous avons identifié par un coup d'oeil rétrospectif comme étant le frère du narrateur, vit un traumatisme qui le fait adopter des positions politiques plus conservatrices.
Ce qui frappe, dans le récit que fait Adam de l'évolution de son personnage, c'est son rythme posé, et pesant. Chaque phrase riche de détails, de noms propres, et pour chacune d'elle un verbe imparfait qui fige l'action dans une sorte d'éternité. La langue est claire, certes, mais c'est au point qu'on croit entendre chaque syllabe de chaque mot, sans compter que certaines expressions sonnent creux. Ainsi les types "fermement décidés" à voler, ou le "sérieux gage en la matière" que représente Pasqua pour l'immigration. Comme si le projet esthétique d'Olivier Adam consistait à tout dire de ce trajet de vie, pas à pas, avec les mots les plus banals.
Le verdict
Parcourir l'infini par une lecture, pourquoi pas. Mais le rythme auquel se déroule le récit nous fait craindre un voyage réellement interminable. S'il faut emprunter ce tortillard, nous descendrons à la prochaine.
