Ce fils de pasteur n'a pas eu une sexualité trop épanouie. Mais cela n'a en rien transformé Nietzsche en militant de la continence sexuelle: «Prêcher la chasteté est une incitation publique à la contre-nature. Mépriser la vie sexuelle, la souiller par la notion d'"impureté", tel est le vrai péché contre l'esprit sain de la vie», dit l'article 4 de sa «loi contre le christianisme» (L'Antéchrist). Nietzsche attache en fait une grande importance à la chose: «Le degré et la nature de la sexualité d'un être humain s'étendent jusqu'au sommet de son esprit» (Par-delà bien et mal, 75) et l'artiste, type noble dans la hiérarchie nietzschéenne, a besoin de «l'ivresse, surtout l'ivresse de l'excitation sexuelle». On trouve même parfois sous sa plume une apologie des prostituées qui font ce qui plaît aux hommes sans les étrangler ni les ruiner «par les liens du mariage». Car Nietzsche, ou son porte-parole, Zarathoustra, s'en prend vivement à ce misérable bien-être à deux: «Beaucoup de brèves folies, - c'est là ce que vous appelez l'amour. Et votre mariage met fin à beaucoup de brèves folies, par une longue sottise!» Le mariage est même «la forme la plus menteuse des relations sexuelles» (Fragments posthumes). Mais il arrive aussi à Nietzsche de se contredire, ainsi cette remarque a contrario dans un sens plus sévère: «Tout artiste sait combien les rapports sexuels sont nuisibles dans la grande tension et la grande préparation intellectuelle» (Généalogie de la morale). Au total, Nietzsche multiplie les assertions sur la question. Au-delà des contradictions, il en ressort une prescription de prudence: ni excès, ni abstinence, ni exaltation, ni contemption.