Signe de la crise économique, il n'y avait pas de caviar cette année au Flore, mais seulement du champagne, des huîtres, du foie gras et beaucoup de jeunesse dorée... A un détail près, donc, le célèbre café du Boulevard Saint-Germain fêtait en grandes pompes hier soir la 15 édition de son prix, l'un des plus courus de la rentrée littéraire.

20 heures n'ont pas encore sonné au clocher de l'église qu'une foule largement vêtue de noir - la panoplie parisienne - se présente déjà devant les portes dûment flanquées de cerbères attentifs. Quelques cameramen de chaînes et sites, dont seuls les moins de 30 ans peuvent apprécier l'importance, ont été dépêchés pour traquer le people. Zoom sur Frédéric Beigbeder, président du jury, et seul véritable bankable pour les teenagers des lettres, la couronnée de l'année dernière, Amélie Nothomb, n'ayant pas pu venir remettre, comme la tradition le veut, le prix à son successeur. C'est Beigbeder qui rappelle le nom du lauréat dans un joli brouhaha : Tristan Garcia, normalien de 27 ans, dont le premier roman, La meilleure part des hommes (lire notre critique), publié chez Gallimard, a déjà fait couler beaucoup d'encre.

Elu à l'unanimité, une première pour le prix, comme l'a rappelé l'auteur de 99 francs - une précision un rien blessante pour les quatre autres sélectionnés, Pierric Bailly (Polichinelle, POL), Karine Tuil (La Domination, Grasset), Philippe Vilain (Faux-père, Grasset) et Aude Walker (Saloon, Denoël) - Tristan Garcia se paye d'un discours d'environ 30 secondes et demi. Juste le temps de dire que c'est la première fois de sa vie qu'il met les pieds au Flore et qu'il remercie le jury (du beau monde, tassé dernière lui, comme Philippe Vandel, Michèle Fitoussi, François Reynaert, Frédéric Taddéi, ou encore Arnaud Viviant) et l'on passe aux choses sérieuses : dénicher le coin à huîtres et les porteurs de coupes.

Tristan Garcia: "C'est la première fois que je viens au Café de Flore"

Parmi les éditeurs, on note la présence d'Olivier Rubinstein (Denoël), de Manuel Carcassonne et Jean-Paul Enthoven (Grasset) ou encore de Dominique Gaultier (Le Dilettante) mais pas celle d'Antoine Gallimard, retenu, nous dit-on, par un dîner. Peu importe. C'est à la Foire du livre de Brive où, dès le lendemain, tout le Paris des lettres doit émigrer, que les dernières « manoeuvres » avant le prix Goncourt (décerné lundi 10) auront lieu. En attendant, les décibels montent avec, aux manettes, la « djette » Cécile Togni des Putafranges, et les potins vont bon train : l'Afghan Atiq Rahimi décrochera-t-il la fameuse timbale pour Syngué Sabour, chez POL, comme les rumeurs de ces derniers jours le laissent entendre ? Ou sera-ce Michel Le Bris, le voyageur de Saint-Malo, pour La Beauté du monde, de l'écurie Grasset ? Ou encore Jean-Marie Blas de Roblès (Là où les tigres sont chez eux, Zulma) tout juste auréolé du Médicis ? Ou bien Jean-Baptiste Del Amo, l'auteur remarqué d'Une éducation libertine, chez Gallimard ?

Suspens... Pour taire l'angoisse, un peu de Roederer et, pour les plus noctambules, une séance de striptease dans un filet suspendu. A Brive, c'est un filet garni qui accueillera les festayres. Vivement lundi, chez Drouant !