Ecrivain de chansons, Françoise Hardy a souvent répété qu'il suffisait de lire ses textes pour voir en elle comme dans un livre ouvert. A 64 ans, la chanteuse raconte enfin le roman de sa vie dans Le Désespoir des singes... et autres bagatelles, autobiographie sans concession d'un mythe ou, plus exactement, d'une «star et ermite», pour reprendre les mots de son ami Etienne Daho. Passent au fil de chapitres riches en détails souvent cocasses le temps des garçons et des filles, Mick Jagger, Bob Dylan, Gainsbourg...

«Jamais je n'aurais imaginé que le monde de la chanson m'ouvrirait si facilement ses portes, encore moins que celles-ci se refermeraient aussitôt sur une prison dorée où, bon gré mal gré, je passerais le reste de ma vie», écrit-elle. Mais Le Désespoir des singes ne se résume pas aux Mémoires pointillistes d'une idole. C'est avant tout une oeuvre au noir. Françoise Hardy analyse - avec un humour très british et une tristesse suspendue n'appartenant qu'à elle - son mal-être, ses épreuves et ses deuils: l'euthanasie de sa mère, la mort de son père, homosexuel, battu par un giton, le naufrage de sa soeur schizophrène. Et quarante ans d'une vie peu commune avec Jacques Dutronc, dont la liaison avec Romy Schneider la laissa exsangue.

De belles pages sensibles racontent aussi combien la chanteuse de Message personnel garde en elle l'empreinte de Mireille, de Simone de Beauvoir et de Pauline Réage. Et de ce paradis perdu de l'enfance qu'elle chanta naguère: «Où sont la douceur de vivre,/ Les beaux jours, le bateau ivre/ D'idéal et d'absolu... [...] Tous mes souvenirs me tuent.»