L'éditeur anglais Ford Madox Ford (1873-1939) aurait un jour prétendu qu'il pouvait juger de la qualité d'un manuscrit à la lecture de sa seule page 99, comme un coup de sonde en plein coeur du livre. La vie en mieux d'Anna Gavalda (Le dilettante) n'échappe pas au test. Sa page 99 donne-t-elle envie de lire le dernier roman de l'auteur à succès?

L'auteur

Doit-on encore présenter Anna Gavalda? Femme de lettres de 43 ans, aime écrire "matin et soir" pour raconter "des histoires à tout le monde". Des histoires d'amour, de coeur, de rencontre, des affres du quotidien, des sentiments...

Habituée aux premières places de nos palmarès des ventes, elle vend des centaines de milliers d'exemplaires à chaque nouveau roman, ou presque. Et même plus ou moins 2 millions d'exemplaires pour Je Voudrais qu'on m'attende quelque part (1999, Grand prix RTL-Lire) et Ensemble c'est tout (2004)", comme nous le précisions dans notre article "Anna Gavalda, la risque tout". Sans oublier les adaptations cinématographiques, dont celle du roman Je l'aimais, un succès critique qui récolta trois nominations.

Le livre

La vie en mieux (parution le 12 mars), tiré d'emblée à 200 000 exemplaires, nous plonge dans l'histoire de d'une jeune femme -Mathilde, 24 ans- un d'un jeune homme -Yann, 26 ans. Leur vie est maussade, leur travail sans intérêt. Ils attendent patiemment que la vie s'écoule, avec plus ou moins d'espoir. Mais une rencontre, chacun de leur côté, va les pousser à tout changer. "Autant prendre le risque de se tromper de vie plutôt que de n'en vivre aucune", estiment-ils.

5 mois seulement après Billie, qui tranchait avec style habituel, vendu "seulement" à 90 000 exemplaires environ (chiffres Edistat), soit un "échec" comparé à ses précédents livres et au tirage exceptionnel du roman - 300 000 exemplaires -, Anna Gavalda nous propose donc La vie en mieux. Une manière de rassurer ses lecteurs? Un retour aux sources? Ou aux mièvreries, diront les mauvaises langues?

Extraits de la page 99

Notre lecture

Cette page 99, issue de la quatrième partie de "l'aparté" du deuxième acte, nous entraîne dans un flash-back du deuxième personnage principal. Mathilde, 24 ans, raconte donc un souvenir de sa jeunesse, lorsque sa mère, atteinte d'un cancer, est sur le point de mourir. Son père va l'abandonner, la laissant chez sa soeur, elle va déprimer, s'abandonner à la boisson, la fête et un rôle qui, lui semble-t-elle, la protégera du jugement des autres.

L'écriture est crue, l'histoire est "trash", le vocabulaire coincé entre le vulgaire, le djeunz -decks (paquet de cartes) Pokémon- et... le subjonctif de l'imparfait. Sans préjuger du reste du livre, on peut d'ailleurs s'étonner de trouver en une seule page un vocabulaire qui semble appartenir à plusieurs personnes, comme si l'auteur avait entendu, par-ci par-là, des expressions qu'elle avait voulu coller ensembles.

Verdict

On ne peut pas avoir de la chance à chaque fois. Cette page 99 ne nous dévoile qu'une petite partie de l'intrigue. On imagine donc que Mathilde explique, dans ce flash-back, pourquoi et comment elle s'est laissé aller à une vie sans intérêt, pourquoi elle l'accepte "aujourd'hui"... À cause d'une jeunesse difficile, du décès de sa mère, de la fuite de son père, de la déprime, puis de l'alcool. Un tout qui l'a probablement mené à une grande fuite en avant. On a tout de même la désagréable impression d'ouvrir une page du journal intime d'une adolescente de 16 ans affligée de constater que la vie peut-être cruelle. Et que c'est terrible. Le tout accompagné de violons. Un style qui peut laisser de marbre les moins friands, mais que les nombreux fans d'Anna Gavalda devraient apprécier.

Cette page 99 donne-t-elle envie de lire la suite? Oui si l'on aime le genre. Pas franchement, sinon. Quoique cet extrait peut tout de même piquer la curiosité. Quelle recette l'auteur va-t-elle imaginer pour tirer ses personnages de leur vie morose? On espère, aussi, que "Mathilde" va évoluer et nous plonger dans un univers nouveau, inconnu, et délaisser les questions existentielles et autres mièvreries.

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