C'est l'une des plus grandes énigmes de la littérature française. Pourquoi une femme, aimée et amoureuse, alors que tous les obstacles sont enfin levés, refuse-t-elle de s'abandonner à la passion qui la dévaste ? La Princesse de Clèves est un diamant éclatant pour qui sait dépolir ses faces vieillies, recouvertes d'analyses barbantes et de jugements expéditifs - ces deux hontes que notre époque cultive à mesure que le cynisme remplace l'enthousiasme.
Voici le livre qui réconciliera tous les lecteurs avec La Princesse de Clèves. Une précision : il est lisible, et avec un plaisir fou, par les étudiants de classe de quatrième comme par les caissières de supermarché, que le précédent locataire de l'Elysée prenait ouvertement pour des demeurées. Jean-Michel Delacomptée, lecteur avant d'être professeur, nous propose une lecture aux multiples entrées : sentimentale, politique, existentielle. La Princesse de Clèves est avant tout un grand roman d'adolescence. L'héroïne, d'abord. Elle a 15 ans lorsque sa mère la conduit à la cour du roi Henri II pour lui trouver un mari.
Que connaît-elle de l'étiquette et de l'amour ? Rien, puisque sa mère, elle-même, retrouve une cour qu'elle ne reconnaît plus. Et qui changera à nouveau au cours des deux années sur lesquelles s'étend le récit de cette passion contrariée, à mesure qu'Henri II mourra et que son fils, le souffreteux François, montera sur le trône. Mieux vaut, d'ailleurs, s'intéresser aux femmes. Car ce sont elles qui gouvernent alors, et La Princesse est un roman exclusivement féminin : Diane de Poitiers, Catherine de Médicis, la mère de la princesse... Les seigneurs de la guerre devenus courtisans se font, devant elles, amants amollis. Mais la princesse, ado mariée à un homme qu'elle n'aime pas, éprise d'un coureur invétéré qui ne jure que par elle et prétend abandonner son ancienne peau comme il vient d'abandonner la couronne d'Angleterre, cette jeune fille qui n'acceptera pas de devenir femme, que veut-elle ? Le génie est là : dans l'espace laissé au rêve, au débat, dans l'éclosion des questions qu'il suscite. La Princesse... est un "roman policier" autant qu'un roman d'initiation aux jeux et aux drames de l'amour. Jalousie, aveuglement, confiance, mensonge, fidélité, cynisme : tout est là. Idéal pour nos adolescents assommés par une lecture officielle de l'histoire littéraire.