Au moment où le film La Planète des singes : les origines, de Rupert Wyatt, sort en salles (le 10 août), il est temps de redécouvrir l'écrivain français à l'origine de cette fable fantastico-simiesque, mais aussi du tout aussi fameux Pont de la rivière Kwaï : Pierre Boulle (1912-1994).
Un peu négligé sous nos latitudes, mais adulé outre-Atlantique, cet écrivain prolifique ne saurait être réduit à ces deux seules histoires, qui ont fait les beaux jours d'Hollywood. C'est le principal enseignement de la publication d'un volume ne réunissant pas moins de sept de ses romans et d'un recueil de ses nouvelles.
Pierre Boulle, critique des utopies
S'il n'est pas un grand styliste, Pierre Boulle se révèle rétrospectivement un critique acerbe de toutes les utopies. Et son message paraîtra aujourd'hui singulièrement dérangeant. Fustigeant, parmi les premiers, la dictature du vert, il imagine dans Miroitements un chef d'Etat écologiste poussé par sa femme à recouvrir une bonne partie de son pays d'"héliostats" pour répondre à ses supposés besoins énergétiques. La décision sera, bien entendu, particulièrement contre-productive... Dans la même veine, inspiré par la tragédie de l'Amoco Cadiz, Le Bon Léviathan s'attarde sur un supertanker nucléaire qui n'aura pas forcément le mauvais rôle... Quant aux scientifiques, s'ils s'emparent des postes de politiques corrompus et inefficaces, règlent la famine, les guerres et les problèmes de logement, ils dépriment la population, au point de devoir rétablir les jeux du cirque à la romaine, début d'une plongée dans l'horreur... Titre de ce récit haut en couleur : Jeux de l'esprit.
Ces romans sont parfois naïfs, mais toujours visionnaires. On en vient à se demander si Pierre Boulle, génial explorateur de la relativité du Bien et du Mal, n'est pas notre Aldous Huxley...
