Trop d'autobiographies font la part la plus belle à la pression des événements, ou à la clairvoyance d'un génie personnel sans lequel l'auteur n'aurait pu ni résister ni tirer le meilleur parti. Mais, loin de se complaire dans l'auto-victimisation ou dans le narcissisme du fier-à-bras, n'est-ce pas le souci du philosophe que de penser leur étroite et féconde relation, en même temps que la profondeur, l'étendue et la résonance. A condition de prendre appui sur notre première ressource : la conscience. Ainsi que, du haut de ses 86 ans et de la sagesse qu'il s'est acquise à fréquenter tant l'oeuvre de Spinoza que la pensée et la personne de Jean-Paul Sartre, le montre Robert Misrahi dans cette franche et savoureuse autobiographie, "intellectuelle et raisonnée", comme il la qualifie, mais nullement amputée de la dimension "affective, existentielle et politique" dont est pétrie toute existence humaine. C'est entre la nacre, soit à partir de sa rencontre avec Colette qu'il épousera, et le rocher, soit en élaborant une "doctrine de vie" qui nouerait la liberté, le désir et l'éthique, que le philosophe a pu instituer cette trinité que représentent le désir, la pensée et ce bonheur qu'il appelle "Préférable".

Nominés

- Ethno-roman par Tobie Nathan (Grasset)

- Zanzaro Circus par Jack-Alain Léger, (L'Editeur)