L'Histoire se prête aux élucubrations de toutes sortes. Et Napoléon ne pouvait pas échapper à ces amateurs de mystères. Comme son histoire se prolonge dans sa légende, il offre un terrain fertile aux constructions imaginaires les plus abracadabrantes. Ainsi trouve-t-on ceux qui, très vite après sa mort le 5 mai 1821, soutinrent qu'il n'était pas mort d'une maladie de l'estomac mais qu'il avait été empoisonné. Et lorsque, en décembre 1840, sa dépouille est rapatriée et ses cendres déposées dans le tombeau des Invalides, il en est encore pour prétendre que ce n'est pas Napoléon qui repose là, mais la dépouille de son maître d'hôtel, Cipriani. On désigne la première catégorie de ces «historiens» farfelus comme les «empoisonnistes» tandis que la seconde rassemble les «substitionnistes». Le choix fait par les distingués «napoléonologues», Thierry Lentz et Jacques Macé, d'examiner avec soin leurs «thèses» est doublement intéressant. Tout commence par une donnée supposée insolite. Dans le cas de Napoléon - un taux anormal d'arsenic dans le sang -, c'est presque trop beau. Car, qui dit «arsenic» dit «empoisonneur». Comme de surcroît, il est établi que la générale Montholon avait accordé ses faveurs à l'Empereur, on dispose de l'arme du crime et du mobile et voilà pourquoi le mari trompé, Montholon, a assassiné Napoléon!

Nos auteurs montrent ensuite le goût qu'ont les amateurs de mystères pour la réfutation de détails qu'ils jugent essentiels. Ainsi, les «substitionnistes» fondent-ils leur théorie sur la différence supposée du nombre de cercueils enveloppant le corps de Napoléon entre l'inhumation de 1821 et l'exhumation de 1840. Evidemment, dans le même temps que Thierry Lentz et Jacques Macé décortiquent les méthodes des amateurs de mystères, ils en réfutent les thèses. On en sort convaincu «qu'une construction historique n'est solide que si elle est assise sur une interprétation honnête des documents». Ainsi vacciné contre tous les «négationnismes» possibles, on peut dormir tranquille: Napoléon n'a pas été assassiné et c'est bien lui qui repose aux Invalides.