La première phrase de La Confession négative frappe comme un coup de massue: «J'ai dû tuer des hommes, autrefois, et des femmes, des vieillards, peut-être des enfants.» Aveu d'autant plus dérangeant qu'il s'agit là d'un récit - «Rien n'est inventé», nous a précisé Richard Millet - et pas du tout d'un roman. En 1975, le futur écrivain s'est en effet envolé pour le Liban. Il avait 22 ans, fuyait la Corrèze mourante de ses grands-parents et s'engageait - sans trop savoir pourquoi - aux côtés des milices chrétiennes, en guerre contre les Palestiniens. La Confession négative relate cette initiation aux armes qui se confondra, pour le narrateur (étrangement obsédé par les odeurs), avec la découverte du sexe opposé et la naissance de sa vocation. On savait que l'auteur de Ma vie parmi les ombres (par ailleurs éditeur des Bienveillantes) vomissait une certaine dégénérescence de l'époque. Cette fois-ci, notre croisé prend pour boucs émissaires - même s'il s'en défend - les musulmans (l'islam est, selon l'un des personnages, «une religion pour des gardeurs de moutons et de chameaux»), les femmes, la culture populaire et la gauche («La France était entrée, sous les coups de semonce des idéologues marxistes, des tiers-mondistes, des protestants et des catholiques de gauche, dans une haine de soi qui allait peu à peu, irréversiblement, entraîner une redéfinition générale des valeurs»). Ce nauséeux fatras est toutefois mis en mots dans une langue admirable. Et, même si l'on peut contester les aversions de M. Millet, sa Confession n'en demeure pas moins un témoignage sidérant, une expérience littéraire abrupte, au parfum d'apocalypse.