La sortie en librairie des Mémoires de Casanova fut à peu près aussi rocambolesque que sa vie. Première incongruité : l'édition originale de ce livre écrit en français est parue en... allemand ! Explication : en 1798, à sa mort au château de Dux, en Bohème, Casanova lègue le volumineux manuscrit de ses Mémoires à un neveu, Carlo Angiolini, qui le transmettra à ses enfants. Vingt ans plus tard, ceux-ci vendront - pour une bouchée de pain, dit-on - les 3 700 feuillets à un éditeur de Leipzig, Friedrich Brockhaus. Une traduction allemande, expurgée des passages jugés licencieux, est publiée en 12 volumes entre 1822 et 1828, sous l'égide de Brockhaus. Non sans succès.
Ce que s'avisant, un éditeur parisien, Tournachon décide d'en sortir une édition-pirate en France. Il fait retraduire en français la version allemande de Brockhaus ! En représailles, Brockhaus, furieux, sort une édition en français... D'éditions-pirates en versions expurgées, il faudra attendre 1960 avant qu'une intégrale des Mémoires soit publiée par Plon et Brockhaus, cent soixante-deux ans après la mort de Casanova... Fin de l'histoire ? C'était compter sans le grand éditeur Francis Lacassin, qui, écumant châteaux en Bohême et archives d'Etat, à Prague, finit par livrer une édition définitive d'Histoire de ma vie sous la forme de trois gros volumes de la collection Bouquins, qui, dit-on, firent les délices de François Mitterrand.
Quant au manuscrit lui-même, son destin sera lui aussi romanesque : caché dans le coffre de la famille Brockhaus, à Leipzig, il échappe miraculeusement aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Un camion militaire le convoie jusqu'à Wiesbaden, au nouveau domicile de la famille Brockhaus. Ultime coup de théâtre : le 18 février 2010, la Bibliothèque nationale de France annonce l'acquisition des 3 700 pages du Vénitien. Le prix ? 7,25 millions d'euros, acquittés grâce à l'aide d'un mystérieux mécène.
