L'origine de la violence est le troisième roman de Fabrice Humbert. Les titres des deux précédents : Autoportraits en noir et blanc (Plon, 2001) et Biographie d'un inconnu (Le Passage, 2008), disent assez que la question du "je" en littérature le tarabuste. Avec L'origine de la violence, qui sonne plus comme un titre d'essai que comme l'annonce d'une aventure romanesque, c'est bien pourtant une histoire personnelle et sensible qui nous est contée. Sensible et même ultrasensible, puisque nous sommes invités par l'auteur à dévoiler, lentement, avec ce qu'il faut de suspense, un des grands topiques de la littérature d'imagination : le secret de famille. Le grand-père du héros a été déporté et est mort à Buchenwald. Mais le narrateur ne sait rien de cette histoire. Son propre père, fruit des amours adultères entre une jeune fille bourgeoise et un jeune homme juif à la séduction éclatante, a vécu dans son déni. C'est la découverte, lors d'un voyage scolaire à Auschwitz, d'une photo d'un détenu dont la ressemblance avec son père est troublante qui met le narrateur sur la piste.
Jouant avec dextérité des temps du récit, reconstituant celui des amours tragiques de ses grands-parents et restituant l'antisémitisme ordinaire d'une famille bourgeoise dans l'entre-deux-guerres, le narrateur est aussi confronté à la réticence de sa jeune fiancée allemande à se souvenir des crimes nazis. Conduisant ses proches, toute honte bue, à passer aux aveux, le narrateur, dans un récit tendre et sensible, restitue une époque de bruit et de fureur, de courage et de lâcheté, en tentant de comprendre plutôt que de juger.