Avatars et aventures : en soixante-dix ans, le Petit Prince a tout connu, sauf la vieillesse. En avril 1943, à deux semaines d'intervalle, paraît à New York, en anglais, le 6, puis en français, le 20, ce conte appelé à devenir un mythe. Il est étrange de penser qu'au même moment l'aviateur Saint-Exupéry crée ce personnage dans le pays qui menait le camp des démocraties et Jean Moulin bâtit le Conseil national de la France occupée. L'un, disparu peu après dans les geôles nazies, et l'autre, appelé à s'évanouir dans le ciel de la Méditerranée, un an plus tard, rejoignent vite le firmament des mémoires... Deux destins, deux figures sculptées par la violence de la guerre, deux héroïsmes à la fois parallèles et incomparables. Moulin, incarnation de la liberté ; "Saint-Ex", parangon de l'imaginaire.

Développer un patrimoine par la force d'une marque

Aujourd'hui, le Petit Prince est devenu un empereur, et sa planète tourne rond, sous la régence de la Succession Saint-Exupéry-d'Agay. Aux tourments de sa vie privée et aux turbulences de l'héritage a succédé une vocation prospère : prouver toujours plus que les valeurs du Petit Prince sont universelles et développer un patrimoine par la force d'une véritable "marque", servie par 12 salariés. La Succession comptabilise ainsi 1 300 éditions du texte original, soit 145 millions de livres vendus, et 270 traductions : les versions en quechua, tamoul, provençal, aragonais, latin et araméen sont mises en avant pour montrer que la tour de Babel a été nationalisée par le Petit Prince...

Depuis qu'un autre ange foudroyé, Gérard Philipe, a prêté sa voix au conte, le Petit Prince est, bien sûr, devenu un héros de scène et d'écran, mais il a également été mué en attraction au Futuroscope, avant d'entrer récemment au musée Grévin ! Le blondinet le plus célèbre de l'Histoire aura d'ailleurs, bientôt, son propre musée, au château de Saint-Maurice-de-Rémens, dans l'Ain, où le futur pilote écrivain passa une partie de son enfance.

Les 70 bougies du Petit Prince s'allument sur nombre d'événements éditoriaux, notamment, à l'automne prochain, l'édition en fac-similé, par Gallimard, du manuscrit original du conte et, le 19 septembre, une table ronde sur ses diverses traductions organisée par le Centre national du livre. Au même moment, France 3 lancera dans Ludo la troisième saison du dessin animé qui mène le prince de planète en planète. Les jeunes téléspectateurs auront laissé leur héros, le 1er mai, sur la planète du Serpent, pour un duel redoutable ; ils le retrouveront pour un nouveau voyage interstellaire...

Pour cette expédition spatiale, le portulan du Petit Prince a été dessiné de manière fort originale par Method Animation. En septembre 2012, les chaînes ayant diffusé les premières saisons du dessin animé sont sollicitées pour moissonner les rêves des enfants : dans 30 pays, un appel d'offres est lancé aux bâtisseurs de planètes, afin que les téléspectateurs esquissent celle qui habite leur imagination.

Les dessins d'enfants reflètent leurs préoccupations

Plus de 4 000 dessins sont récoltés, 622 sont sélectionnés puis 60 sont décrétés vainqueurs du concours. On y retrouve les préoccupations majeures de l'âge tendre : une planète noyée de chocolat, une autre où les montagnes sont des cornets de glace, une troisième où les forêts sont des sucres d'orge... L'imagination est parfois plus surréaliste : un astre est ainsi traversé par un crayon géant, un autre, créé par Ophélie, jeune Belge de 10 ans, est un parapluie inversé... La moitié des planètes élues prendra position en orbite autour de celle du Petit Prince, la fameuse B612, les autres intégreront la carte stellaire où il cherche des indices pour son voyage, afin de rejoindre la planète de la Rose. S'il ne se perd pas en route...