Les "rois du cool" sont de retour. Soit Ben, expert en botanique appliquée et partisan de la non-violence. Chon, membre des Forces spéciales, le doigt jamais loin de la gâchette. Et Ophelia, dite O, jolie bimbo aux tendances nymphomanes. Bref, un trio sexy à la Jules et Jim, la fumette et le soleil en prime. Deux ans après la parution du stupéfiant Savages, adapté entre-temps à l'écran avec un casting cinq étoiles, le trio infernal conçu par Don Winslow va encore avoir fort à faire pour défendre sa petite entreprise de production de marijuana contre les barons de la drogue. Sauf que, cette fois, Cool dévoile leurs débuts dans ce juteux business. Une genèse savoureuse qui va les voir confrontés à une poignée de policiers véreux, quelques vétérans du trafic, et une lourde hérédité.

Flash-back sur les sixties: alors que le "Summer of love" bat son plein, surfeurs et hippies colonisent joyeusement le sable de Laguna Beach. On dort dans les grottes, on fricote librement, on vit "de rock'n'roll et de shit". Mais l'été ne va pas durer, la carte postale West Coast non plus. Les dealers en skateboard vont bientôt troquer le hash contre la coke, le partage contre le pouvoir, l'illusion contre le pognon. Et précipiter l'Amérique dans une guerre sans fin, sinon pour les soldats qui tombent en son nom. Un destin auquel nos héros vont tenter tant bien que mal d'échapper puisque, comme le résume si bien Chon, "la mort est plus ou moins le pépin max dans la journée de n'importe qui"...

Humour noir et cynisme mordant font assurément bon ménage chez Don Winslow, qui s'impose de livre en livre comme l'un des maîtres actuels du genre. Héritier de John Dos Passos et d'Elmore Leonard, l'écrivain retrouve dans Cool cette écriture sèche, syncopée, truffée de références pop, qui faisait le charme de Savages. Surtout, il ne se contente pas d'en griffonner une suite paresseuse. Avec sa construction habile, façon Parrain II, cet ancien détective privé confère à ses personnages une épaisseur et un passé nouveaux. Ben, Chon et O ne sont plus des archétypes amusants, mais des enfants perdus de l'Amérique. Cette Amérique hédoniste et cupide dont Winslow dessine un portrait assassin, égrenant ses renoncements et ses trahisons, de Woodstock à Altamont, de Charles Manson à Bush junior. Lui-même né en 1953, l'auteur de La Griffe du chien dresse ainsi le procès imparable de sa génération, ces rejetons de la contre-culture qui n'ont pas su devenir "ce qu'ils voulaient être". Résultat: une épopée haletante et jubilatoire, moins violente que sarcastique, sur fond de blues et de couchers de soleil. Plus cool, tu meurs!