Aimiez-vous la confiserie chocolatée "Raider" ? Saviez-vous que le sigle de la radio NRJ signifie "Nouvelle Radio Jeune" ? Et vous souvenez-vous du Télé 7 Jours avec l'actrice Chantal Nobel en couverture ? Non, vous n'êtes pas dans un jeu télévisé évoquant les années 80, mais dans le premier roman de Gaëlle Bantegnie, hommage très personnel à cette décennie insouciante et au bon goût contestable. Son titre, radical : France 80. D'un côté, l'auteur décrit le quotidien de la famille Berthelot, du côté de Rezé-lès-Nantes, Loire-Atlantique. Le père, Hervé, n'est pas peu fier d'être propriétaire d'un petit pavillon - même si sa conscience gauchiste lui rappelle qu'il est en train de s'embourgeoiser. Cela représente tout de même, pour son épouse Marise et lui, 5 500 francs mensuels. Mais ils pensent au bien-être de leurs filles, Louisa et Claire. En 1984, cette dernière est au collège et, au grand désespoir de son père, n'est pas douée en mathématiques. Elle finira par décrocher un bac littéraire, en 1989. Mais, au rayon sentimental, ça ne va pas très fort, car, sans être vilaine, Claire n'a pas la silhouette gracieuse de ses copines.

Il y aura bien quelques flirts, plus ou moins poussés, notamment avec le vendeur John, du camion T'as pas la frite ?. Mais, cauchemar, il aime les chansons de Daniel Balavoine... En parallèle, Gaëlle Bantegnie nous raconte l'ascension de Patrick Cheneau. Ancien technico-commercial des Bâtisseurs de l'Atlantique, ce clone de Franck Dubosc dans Camping vend désormais des abonnements pour Canal + Décod'. Le look de ce play-boy : "polo Lacoste vert, jean à pinces, chaussettes blanches, slip à rayures Athéna et une paire de mocassins à gland". S'il semble très amoureux de la coiffeuse Nadine, il lui arrive d'avoir une aventure avec une hypothétique cliente -- qu'importe si elle n'est pas majeure. Il y aura, bien entendu, un lien ténu entre ces deux trames. France 80, c'est un peu le mélange entre La boum, Les choses de Georges Perec et un tube de Cindy Lauper. Jouant avec les madeleines d'époque et les clichés sans tomber dans la facilité niaise, Gaëlle Bantegnie brosse une peinture d'une incroyable justesse de la classe moyenne d'alors. Intégrant habilement les noms de marque ou les paroles de chanson dans son récit, elle montre intelligemment l'influence des codes sociaux d'un moment et d'une époque déterminés sur le désir, les sentiments ainsi que la conscience politique. A ce titre, petite devinette : que signifie être un "juquiniste" ?