Dans la nuit du 9 au 10 avril 1917, Lénine partait de Zurich pour Petrograd, où l'attendaient les insurgés triomphants. En tout cas, vous l'avez longtemps cru. En réalité, son train a déraillé du côté de Coblence et il est mort en compagnie d'une trentaine de bolcheviques. Lorsqu'on change d'aiguillage, tout s'emballe, rappellent Michel-Antoine Burnier et Léon Mercadet dans un exercice d'uchronie de haute voltige. La révolution d'Octobre n'a pas lieu ; Trotski est un écrivain à la mode du côté de Montparnasse ; un artiste dénommé Hitler publie Meine Kunst (Mon art), véritable "manifeste de peinture brutale", selon le critique d'art Joseph Goebbels ; la Russie et l'Allemagne, modèles de social-démocratie, signent un pacte de marché unique... Nous n'en dirons pas plus, car le sel d'Il est midi dans le siècle - clin d'oeil à S'il est minuit dans le siècle, superbe témoignage de Victor Serge sur les purges staliniennes - est dans ce cocktail d'inventivité et de cocasserie. Le meilleur remède anticrise du moment.