Ou l'occasion, le jour de l'attribution du prix, de nous délecter, grâce à Pierre Assouline, des plats, souvent salés, servis par les Dix de chez Drouant. Pierre Assouline n'a pas toujours occupé le 10e couvert du jury Goncourt, le biographe et romancier a aussi oeuvré au magazine Lire. Autant de casquettes qui ont enrichi sa connaissance de la vie littéraire, dont il livre de belles pépites. Son propos? Narrer, année après année, depuis le 21 décembre 1903, l'élection de 110 lauréats du prix Goncourt, alternant les courtes entrées (millésimes sans relief ou/et sans escarmouche) et les longs récits, savoureux à souhait. Car, il faut le reconnaître, les récentes -et rares- chamailleries du cénacle de Drouant paraissent bien pâles face aux polémiques et aux sanglantes batailles d'hier. "Les Goncourt ont fait un coup triple: la dame Triolet est russe, juive et communiste. C'est un prix cousu de fil rouge", écrivait Paul Léautaud à propos du Premier accroc coûte deux cents francs, en 1944...

Guerres entre jurés Goncourt (Descaves puis Queneau contre les neuf autres, démissions d'Aragon et de Clavel), entre jurys (Goncourt vs Femina), entre maisons d'édition (Gallimard vs Grasset), campagnes de marketing illicites, déchaînement de la presse (contre le Martiniquais René Maran ou encore contre Robert Merle et son Week-end à Zuydcoote...). C'est que, rappelle Assouline, le prix le plus prestigieux fut souvent gage de salut pour nombre de maisons. On connaît les oublis criants des Dix, de Giraudoux à Bernanos en passant par Céline ("Evidemment, avec le recul c'est plus facile", écrit Assouline), et les accusations de corruption ou de complaisance des jurés (directeurs littéraires pour beaucoup d'entre eux, jusqu'en 2008, ou encore lecteurs parcimonieux, tel Giono, qui, de Manosque, descendait directement chez Gallimard pour demander à Gaston ce qu'il devait voter!). Reste que le statut de juré (bénévole) n'est pas toujours une sinécure...