Et si l'histoire du monde se résumait aux relations entre les cow-boys et les Indiens? Ou, plus prosaïquement, à celles de deux figurines: Aigle noir, le vaillant chef arapaho, et le shérif Carson, les deux jouets de l'enfance d'Adrià Ardèvol, philologue barcelonais de renom, atteint de la maladie d'Alzheimer, mais toujours combatif. "Je sais que j'invente des choses, mais ça ne m'empêche pas de dire la vérité", confie Adrià à son ami Bernat Plensa, écrivain plus ou moins raté, chargé de retranscrire le manuscrit de ses Mémoires. Le père d'Adrià, théologien devenu antiquaire, assassiné dans d'étranges circonstances, rêve de faire de son fils un génie. Sa mère songe pour celui-ci à une carrière de violoniste virtuose. Aussi le jeune Adrià reçoit-il un cadeau d'exception: un storioni d'une valeur inestimable. Le parcours chaotique de cet instrument maudit sert de prétexte au Catalan Jaume Cabré pour explorer plusieurs siècles de barbarie, de l'Inquisition à Auschwitz-Birkenau en passant par le franquisme.
A la lisière du fantastique
Huit ans de travail, près de 800 pages, des centaines de sous-intrigues et de personnages, un récit qui court du XIVe au XXIe siècle entre l'Espagne, l'Allemagne, Paris et Rome: Confiteor a tout du roman-monstre, qui tente d'embrasser le mouvement du monde et tous les genres littéraires. L'auteur se joue de la chronologie et change de ton à loisir. Il se permet même de frôler le fantastique (tel l'inquisiteur général Nicolau Eimeric, né en 1320, qui rejoint les troupes SS...), mais il garde, malgré ces audaces narratives, l'esprit du grand roman-feuilleton, tendu vers une seule et même quête: celle des origines du Mal.
