Avec la Foire de New York, le Salon international du livre rare du Grand Palais, à Paris, est devenu l'un des rendez-vous fébrilement attendus par les collectionneurs du monde entier. Au gré des 200 stands représentés, les bibliophiles peuvent y trouver des manuscrits d'Albert Camus, une édition originale de Victor Hugo ou une photographie d'époque de Rimbaud. Covid-19 oblige, la manifestation, qui devait s'ouvrir ce jeudi 23 avril, a été reportée au 3 septembre. Mais elle n'est pas totalement annulée pour autant... "Nous avons décidé d'organiser un vernissage virtuel à la date prévue, ce jeudi à 17 heures, avec un catalogue général qui présentera toutes les plus belles pièces que les libraires avaient réservées pour l'occasion", explique Hervé Valentin, président du Salon.
Il suffira de "cliquer" sur les liens de ce "flip book" pour être redirigé vers les catalogues de chaque marchand. Il est en effet à noter que, contrairement à d'autres secteurs totalement sinistrés, la vente de livres anciens se maintient plutôt correctement pendant le confinement. Certains libraires enregistrent même plus de commandes que d'habitude.
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"Notre public de collectionneurs est souvent confiné chez lui dans sa bibliothèque et a le temps de lire nos catalogues, de nous appeler pour demander des précisions et, éventuellement, de faire des achats", confirme Hervé Valentin. Un phénomène que les grandes maisons de ventes aux enchères constatent également. L'Express vous présente en avant-première cinq des pièces les plus étonnantes qui seront proposées lors de ce vernissage virtuel.
Proust dévoile le plan de la Recherche
C'est une lettre capitale de Marcel Proust qu'a retrouvée la librairie versaillaise Le Manuscrit Français : adressée à son ami Robert de Flers début novembre 1913, une semaine avant la publication de Du côté de chez Swann, elle révèle que le romancier s'est lancé dans une oeuvre de grande haleine qui s'appellera... A la Recherche du Temps Perdu.
Proust prévoit alors seulement trois volumes, dont il dévoile les titres : il hésite encore entre A l'ombre des jeunes filles en fleurs et Les Intermittences du coeur pour le deuxième et entre Le Temps retrouvé et L'Adoration perpétuelle pour le troisième. "J'y ai mis toute ma pensée, tout mon coeur, ma vie même", confie-t-il à propos de ce vaste projet littéraire. Prix demandé pour ces quatre pages manuscrites : 35 000 euros.

Lettre manuscrite de Marcel Proust dans laquelle il dévoile le plan de la "Recherche".
© / Le Manuscrit Français
Boris Vian à Serge Gainsbourg : "On les aura !"
Ces deux-là n'ont pas eu beaucoup de temps pour faire connaissance : Serge Gainsbourg sort son premier 33 tours en septembre 1958 et Boris Vian meurt en juin 1959. Pourtant, le 12 novembre 1958, l'auteur de L'Ecume des jours publie une critique dithyrambique de l'album de Gainsbourg dans Le Canard Enchaîné.
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Du Poinçonneur des Lilas, Vian écrit que c'est une chanson "sombre, fiévreuse et belle." Les deux hommes se croisent, sympathisent. Et Boris Vian dédicace à Gainsbourg un exemplaire d'En avant la Zizique, son livre féroce sur l'univers de la chanson qui parait en cet hiver 1958. "Allez, Serge, on les aura ! Boris Vian." Prix pour cette unique dédicace connue de Vian à Gainsbourg : 10 000 euros.

L'unique dédicace connue de Boris Vian à Serge Gainsbourg.
© / CP
Baudelaire par Carjat
Il y a quelques années, les Libraires Associés avaient frappé très fort en révélant au Grand Palais une photographie inédite de Rimbaud à Aden qui avait fait grand bruit. Cette année, ils proposent une photographie originale de Charles Baudelaire, bras glissé dans sa redingote, comme il en avait la curieuse habitude.
Elle a été réalisée par le célèbre Etienne Carjat, en 1861. Il s'agit de ce que l'on appelle un "portrait carte de visite" tiré sur papier albuminé. C'est l'occasion pour les libraires de publier un passionnant catalogue répertoriant la quinzaine de photographies connues de Baudelaire. Le poète des Fleurs du Mal avait en effet un rapport plutôt méfiant à la photographie, qu'il associait à un fallacieux désir d'exactitude et à "la grande folie industrielle"... Prix pour ce tirage : quelques milliers d'euros...

Le fameux portrait de Baudelaire par Carjat.
© / Libraires Associés
L'exemplaire de Madame Bovary de James Joyce
James Joyce n'a jamais fait mystère de son admiration pour Gustave Flaubert. Il était, dit-on, capable de réciter des pages entières de ses oeuvres. Certains exégètes voient même dans le personnage de Molly Bloom d'Ulysses une version ironique d'Emma Bovary, autre femme adultère. A 19 ans, le jeune Joyce a tenu à apposer deux fois sa signature sur son exemplaire de Madame Bovary, sur la couverture et à l'intérieur, preuve, sans doute, qu'il y tenait beaucoup... Prix pour cette pièce mythique proposée par la librairie Métamorphoses : 50 000 euros.

James Joyce avait apposé sa signature sur son exemplaire de "Madame Bovary".
© / Librairie Métamorphoses
Rarissimes dessins de Karl Lagerfeld
Karl Lagerfeld détestait conserver ses esquisses. Il les jetait, les déchirait, les broyait. "Je ne garde pas de croquis. L'objet le plus important dans une maison est la poubelle !" déclarait-il en 2007 au New Yorker. Le portfolio de 25 dessins originaux que propose la librairie Walden constitue donc une pièce rare. Ils datent du milieu des années 1960, alors que "Karl" travaillait pour la maison de couture italienne Tiziani. Ces dessins aux feutres de couleurs réalisés sur un cahier à spirales grand format sont accompagnés d'échantillons de tissu. Prix : 28 000 euros.

L'un des 25 dessins de Karl Lagerfeld.
© / Librairie Walden
