Luis Archer, le nom du héros de Hors la loi, est-il un clin d'oeil à Lew Archer, le héros des polars de Ross Macdonald ? Pourquoi l'auteur, René Belletto, met-il en exergue du chapitre 22 de son roman une phrase de ce même roman - dont on n'est d'ailleurs même pas sûr qu'elle y figure ? Le titre du livre, Hors la loi, est-il une référence au western de la part d'un auteur cinéphile et amateur de polars (voir plus haut) ? Il ne sera répondu à aucune de ces questions, pourtant brûlantes, qui assaillent le lecteur tout au long des pages. 484, pour être exact. Et presque autant de parenthèses.
Lire Hors la loi (sans tirets, oui) est un remède contre la somnolence. Il est demandé à chacun d'être attentif. Belletto s'amuse de son récit, joue de la mise en abyme, commente ses propres effets de style, malaxe les phrases en digressions malignes et brise menu les codes du genre (des genres, en fait : policier, fantastique, eau de rose...) jusqu'à se transformer (là, c'est de Belletto qu'il s'agit) en hors-la-loi (tiens !) de la littérature - encore faudrait-il que ces lois existassent ! Il est peu probable que l'auteur se soit perdu en (son) chemin. Le lecteur, c'est une autre histoire.
L'histoire, justement. Pas facile à résumer. Ou alors ainsi, mais sans en être sûr : comment Luis, ex-prof de musique devenu arrangeur de partitions anciennes, rencontre-t-il Clara Nomen, dont l'oncle est peintre et la mère morte ? Après mille pérégrinations, des meurtres et l'apparition d'une soucoupe volante. De ces mille pérégrinations on retiendra huit cent vingt-six, passionnantes, et aussi bien racontées. Les autres sont lassantes. Noyées dans un texte en montagnes noires et trous russes (ou le contraire) qui perd de son piquant et sa pertinence. Trop de liberté tue-t-elle la liberté ? Voilà une dernière question, à laquelle nous ne répondrons pas non plus.