Auteur reconnu de polars et de thrillers, Pierre Lemaitre a parfaitement réussi son changement de focale. Au revoir là-haut inaugure à sa façon les prochaines commémorations du début de la Grande Guerre. Et dépeint comment, entre l'armistice et le début des Années folles, la France préféra ériger des monuments aux morts plutôt que de trouver une place, un logis et un travail aux survivants de la victoire. Le roman s'ouvre sur une scène de bataille de quarante pages, ce 2 novembre 1918, et témoigne d'emblée d'une écriture sidérante, implacable dans le détail et dans le rythme.
Décidée en haut lieu français, cette bataille est un carnage. Trois des survivants seront les personnages principaux du livre: le lieutenant d'Aulnay-Pradelle, les soldats Albert Maillard et Edouard Péricourt, ce dernier ayant jambe et visage arrachés. Au sortir de la guerre, les anciens commandants se reconvertissent dans une fumeuse économie de paix: le bois des sépultures et la pierre des cimetières. Et les rescapés non gradés rament.
Politiquement incorrect, Au revoir là-haut repose sur une vision originale. Et Lemaitre de bâtir une histoire faite de vengeances, de retournements, où les histoires familiales éclairent le roman national. Basé sur l'histoire -vraie- des Martyrs de Vingré, voilà un roman simple mais dense, ample narrativement et de haute facture stylistiquement. Le genre de roman, rare, qui réunit un public avide d'histoires et d'évasion comme un lectorat attentif à la belle plume.
