"Il sera plus difficile de gagner la paix que de gagner la guerre". Cette phrase, prononcée le 11 novembre 1918 par Georges Clemenceau alors président du Conseil, résume à elle seule ce nouveau documentaire de la collection Apocalypse, écrit et réalisé par ses auteurs historiques Isabelle Clarke et Daniel Costelle. La guerre est officiellement terminée, mais cela signifie-t-il pour autant que la paix est acquise ? Loin de là.
Dans la lignée de leur série de films consacrés à la Première Guerre mondiale, diffusés il y a quatre ans, le duo décortique ici les huit années (1918-1926) qui ont suivi la signature de l'armistice : de l'euphorie des premiers jours à l'élaboration, par les dirigeants des pays vainqueurs, du traité de Versailles, qui humilie l'Allemagne et exacerbe les tensions, en passant par la montée des mouvements nationalistes et leur idéologie totalitaire.
"C'est une période que nous n'avions pas encore réellement traité et qui s'avère essentiel pour comprendre la suite, assure Isabelle Clarke. On comprend que nous avons enfanté ces totalitarismes, terreau de la Seconde Guerre mondiale. Au fond, la guerre n'était pas terminée". Le programme, dont la narration est assurée comme d'habitude par l'acteur mordu d'histoire, Mathieu Kassovitz, s'inscrit au coeur de l'actualité, alors qu'Emmanuel Macron poursuit son "itinérance mémorielle" pour célébrer le centenaire de la fin de la Grande guerre. Le chef de l'État qui, en marge d'une visite au Panthéon la semaine dernière, s'est dit "frappé" par la ressemblance entre la situation actuelle en Europe (repli nationaliste, crises migratoires...) et celle des années 1930, dans une interview accordée à Ouest-France.
"Ce qui résonne aujourd'hui nous attire"
"Je crois qu'Emmanuel Macron se trompe de décennie. Il s'agit plutôt de la période que nous traitons qui correspond à cela, estime la réalisatrice. C'est d'ailleurs ce qui nous frappe à chaque fois que nous travaillons sur des sujets avec Daniel [Costelle] : malheureusement, il y a toujours des éléments qui font écho à l'actualité. Ce qui résonne aujourd'hui nous attire davantage. Ce n'est pas pour rien qu'il y a dans ce film des séquences sur la migration des peuples".
Sur la forme, la patte Clarke-Costelle reste identique à celle des documentaires précédents : un montage rapide, rythmé, sans fioriture et ponctué de dates charnières. "400 heures d'images ont été récoltées, contre une centaine habituellement. Nous avons récupéré des documents auprès de 80 sources différentes, 50 ont finalement été gardées. C'est la première fois que nous détenons autant de sources pour un film", affirme Isabelle Clarke. Une heure et demie captivante qui conclue le travail de 97 personnes durant trois ans.
Au milieu de ces innombrables images d'archives inédites, piochées dans des fonds privés appartenant à des collectionneurs ou dans des cinémathèques aux États-Unis, au Canada, en Italie ou en Russie, on découvre une séquence fascinante montrant le retour de soldats français à la fin du conflit au son de Mon homme de Mistinguett. Survoltés, ils se jettent dans les bras de leurs épouses avant d'étreindre leurs enfants.
Apocalypse, la paix impossible. Dimanche 11 novembre, à 21 heures, sur France 2. Le documentaire est suivi de la rediffusion de la série Apocalypse, la Première guerre mondiale.
