Elles sont vertes, bleues ou rouges, servent de gélifiant pour yaourt, de colorant pour les saumons d'élevage, d'antioxydant pour la pharmacie. Du ciel aux profondeurs marines, de l'agroalimentaire à la médecine, les algues sont partout, comme le montre Explorateurs des mers, l'exposition parisienne du CNRS (jardins du Trocadéro, du 21 novembre au 2 décembre).
Mais c'est presque en catimini qu'est abordé leur rôle de carburant du futur. Le sujet est stratégique. Les laboratoires s'affairent sur des prototypes qu'ils espèrent breveter rapidement. Pas question, donc, de citer un seul nom d'espèce. Quand fera-t-on le plein d'algues? Boeing a récemment annoncé qu'il volerait «bientôt» avec du kérosène à base de varech.
Les premiers litres d'essence dès 2010? Produites par photosynthèse, les microalgues, riches en lipides - donc en huile - auraient un rendement à l'hectare 30 fois supérieur à celui du colza ou du tournesol. En Sicile, le groupe pétrolier italien ENI les teste en grandeur nature; aux Etats-Unis, GreenFuel Technologies récupère le Co2 émis par une centrale à charbon pour nourrir les algues, friandes de dioxyde de carbone autant que de soleil.
Réunis depuis deux ans au sein du projet Shamash - du nom d'un dieu babylonien de la Lumière - huit laboratoires français s'activent pour faire couler dès 2010 les premiers litres d'essence d'algues. Déjà, la lutte entre chercheurs bat son plein pour identifier et produire à grande échelle la souche la plus performante. Un casse-tête. Pour prospérer, celle-ci a besoin de soleil. Mais plus elle est florissante et plus elle fait de l'ombre aux boutures alentour. Des mathématiciens, spécialistes en génie des procédés, ont été sollicités pour créer des modèles adéquats. Le dieu de la Lumière les illuminera-t-il?