Les gamines sont des gens surprenants. Surtout à Ozark, un bled pourri du Missouri. Ree, une fluette de 17 ans, a grandi on ne sait comment dans cette décharge de bicoques, hérissée d'arbres griffus, sous un ciel au ventre lourd. Elle n'a que les rires d'enfants de son frère et de sa soeur pour percer sa solitude. Sa mère s'est réfugiée dans les silences de sa mémoire, son père mitonnait de la méthamphétamine jusqu'à ce que la justice le chope et qu'il disparaisse dans la nature. "Il ne s'est pas présenté au procès. Il a hypothéqué la maison pour payer sa liberté sous caution. S'il ne se pointe pas dans la semaine, on prend la baraque et vous dégagez", annonce le shérif à l'adolescente. L'odyssée de Ree, à la recherche de son paternel, commence. Chez les oubliés du monde, la tendresse est enfouie dans les replis d'un poing prêt à frapper, tapie sous une chape de violence qui n'est que de la peur. Cette brindille butée qui les harangue et les harcèle du haut de ses 17 ans pour sauver les débris de son existence est le reflet de ce qu'ils ont été avant que le désespoir les crame, l'image d'une innocence à l'agonie qu'ils ne connaissent que trop. La caméra de Debra Granik racle tout le noir de leur enfer, laboure des sous-bois de fin des temps, gratte jusqu'à l'os la petite frondeuse, rêche dehors, éperdue dedans. Elle est jouée par Jennifer Lawrence, un bout de femme formidable et douloureux. On se garde de sombrer trop loin dans la tourbe de ces yeux-là. De crainte d'avoir encore plus mal.