Mettre en scène un premier film quand on porte le nom de Coppola n'est pas facile. L'ombre de Francis plane sur les épaules de Sofia et on imagine la jeune réalisatrice tourner volontairement le dos, pour tuer le père, aux chevauchées wagnériennes d'hélicoptères. Pourtant, le sujet du beau et douloureux Virgin Suicides n'a rien d'étonnant quand on s'appelle Coppola, puisqu'il est question de famille, thème cher au réalisateur du Parrain. Le père a la peau dure.
Adapté d'un roman de Jeffrey Eugenides par Sofia herself, Virgin Suicides chronique en douceur violente le suicide annoncé des cinq filles d'une famille aussi rigide que l'injustice. Le casting est magistral (les parents, James Woods et Kathleen Turner en tête) et l'histoire, située dans les années 70, est racontée par quatre garçons empêtrés dans un amour adolescent trop lourd à porter. Sujet casse-gueule s'il en est, le film évite quasiment tous les dérapages, ce qui en dit long sur l'excellente conduite de la réalisatrice. Peut-on juste lui reprocher, à demi-mot, un léger chantage affectif sur le mode tristesse et scandale provoqué par l'annonce du suicide dès les premières images? Pour le reste, Sofia Coppola caresse les frissons des émois amoureux, pointe la cruelle douleur des premières amours, souligne les ravages d'une liberté refusée et sourit aux gestes naïfs des quatre garçons au coeur qui bat pour la première fois. On n'a guère souvenir d'un premier film aussi maîtrisé sur un sujet aussi peu maîtrisable. Dans la famille Coppola, on peut choisir la fille.