Il sera dit, comme souvent, qu'à sélection magnifique, palmarès décevant. Les choix sont certainement assumés par le jury présidé par Alejandro Gonzalez Inarritu mais enfin il y a des oubliés et les primés ne sont pas forcément à leur place. Finalement, et c'est tout de même heureux, seule, ou presque, la Palme d'or est (largement) méritée et fait (largement) l'unanimité.

Parasite de Bong Joon-ho, en salles le 5 juin, est un film enthousiasmant, on l'a dit et redit, qui pointe l'importance du film de genre, souvent défendu dans ces colonnes ; un thriller qui mêle suspense et lutte des classes, plaisir du cinéma et vision sociale, comédie et tragédie. Il est aussi heureux que Les Misérables obtiennent le Prix du jury.

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Mais pour le reste... Absence d'Almodovar (pffff) et du chinois Diao Yinan qui méritait sans doute davantage le prix de la mise en scène que les frères Dardenne - dont on aime beaucoup le film mais enfin... Céline Sciamma aurait, elle, mérité prix plus prestigieux que celui du scénario qui sonne comme un lot de consolation, Mati Diop est sans doute trop haut placée (mais tant mieux pour elle), le prix d'interprétation féminine (Emily Beecham) frise la faute de goût...

Un cinéma ambitieux et populaire récompensé

Du discours de Bong Joon-ho, on retiendra qu'il a cité, comme référence, Henri-Georges Clouzot et Claude Chabrol, deux cinéastes, Français certes, mais surtout, amateur de "cinéma" en ce qu'il donne autant de plaisir que d'occasion de réfléchir sur le monde : la force des intrigues de Clouzot (Quai des Orfèvres, Le Salaire de la peur, Le Corbeau), le mordant et l'ironie de Chabrol (Le boucher, Les fantômes du chapelier, La Cérémonie).

La boucle est donc bouclée. Cette 72e édition du festival de Cannes a mis de côté les films sur les cailloux qui poussent pour enfin célébrer le romanesque comme vecteur d'émotions et point de vue sur le monde. Non que les cailloux qui poussent soient à dégager d'un revers de main (il y a parfois de belles poussées de cailloux) mais enfin il est un grand cinéma ambitieux populaire et d'auteurs qu'il était temps de célébrer. Pas forcément dans ce palmarès mais bientôt sur tous les grands écrans. C'est l'essentiel.

Palme d'or: Parasite, de Bong Joon-ho

Grand prix : Atlantique, de Mati Diop

Prix d'interprétation masculine: Antonio Banderas pour Douleur et gloire de Pedro Almodovar

Prix du jury: Les Misérables, de Ladj Ly, et Bacurau, de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles

Prix de la mise en scène : Jean-Pierre et Luc Dardenne pour Le jeune Ahmed

Prix d'interprétation féminine: Emily Beecham pour Little Joe, de Jessica Hausner

Prix du scénario: Céline Sciamma pour Portrait d'une jeune fille en feu

Mention Spéciale: Elia Suleiman pour It must be heaven

Caméra d'or: Nuestras Madres, de César Diaz

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