Cela a le mérite d'être clair. Non pas la ligne chère à Hergé mais la grosse armada marketing qui entoure la sortie de ces Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne, de Steven Spielberg. Une voiture pour se rendre directement (et uniquement ?) à Moulinsart, un jeu sur console HIO45x ! 96 - ou un truc approchant - des affiches-nappes en papier d'un restaurant de rapide nourriture, et des tartines dans la presse sur le palmarès des secrets des coulisses des inédits de Tintin et les francs-maçons intimes au temple du Soleil. C'est qu'il s'agirait de ne pas rater l'événement. Spielberg, fasciné depuis trente ans par Tintin, a enfin réussi son coup : mettre en scène les aventures de celui qui, d'une façon quasi apocryphe, ou du moins inconsciente, a inspiré Indiana Jones. L'enjeu est de taille. Le film sera sans doute un succès ici, alors qu'outre-Atlantique c'est pas gagné.

A la suite d'une enquête serrée auprès du tintinophile de la rédaction, qui préfère garder l'anonymat, je suis en mesure d'écrire que le scénario, adapté, à des degrés différents, du Secret de la Licorne, du Trésor de Rackham le Rouge et du Crabe aux pinces d'or, est une belle réussite respectueuse, mêlant intelligemment les trois albums.

Le résultat est un film de plus. Pas moins. La 3D n'a aucun intérêt, comme souvent, la technique d'animation motion capture est très bluffante, l'esprit courses-poursuites qu'affectionnait Hergé est présent de bout en bout, la ligne claire totalement absente - il aurait fallu que Tarkovski s'en mêlât - l'humour pointe, la musique de John Williams tonitrue, et le générique final clôt un truc pas désagréable mais qui s'oublie vite. Depuis, Steven Spielberg a déjà tourné deux films et en prépare un troisième.