On tient, avec Suzanne, l'un des meilleurs films français d'une année 2013 qui, avec l'Adèle de Kechiche et la Camille de Dumont, a offert de beaux portraits de femmes. Pourtant, à pitcher ce deuxième long de Katell Quillévéré, rien ne laisse transparaître une telle puissance. Une famille très middle class dans un univers très middle France et les problèmes qui peuvent aller avec: précarité, drame intime, tension nerveuse...

Bien sûr, à part pour Gravity, un pitch ne renseigne pas beaucoup. Suzanne, c'est avant tout un sens du romanesque qui a plus à voir avec la littérature du XIXe siècle que du cinéma d'auteur français pépère. Quillévéré manie l'ellipse (son récit court sur près de trente ans) avec une virtuosité confondante et dessine ainsi les contours de son personnage principal à la force d'une mise en scène ciselée et précise comme du Flaubert. Dans le rôle de la sauvage Suzanne, Sara Forestier brille une nouvelle fois par sa façon d'entrer dans son personnage comme un ouragan. Face à elle, deux éléments devenus indispensables au cinéma: le tendre François Damiens et la puissante Adèle Haenel. Dans sa chanson "Suzanne", Leonard Cohen disait: "Et juste au moment où tu veux lui dire, que tu n'as pas d'amour à lui donner, elle t'entraîne dans ses ondes!" Pas mieux!