Voilà déjà 10 ans qu'on découvrait au Festival de Sundance Garden State, la première réalisation de Zach Braff devenue culte. Dix longues années avant de découvrir son deuxième long métrage co-financé par le biais de la société de crowfunding Kickstarter. Inutile de préciser donc que Wish I was here était attendu.
Et au bout de deux heures tout à la fois hilarantes et émouvantes, la standing ovation spontanément offerte par les chanceux présents pour cette première mondiale a de quoi rassurer son auteur.
L'art de la "dramédie"
Sur un scénario co-écrit avec son frère Adam, il tient une fois encore le premier rôle: un comédien qui galère et dont le père vit ses dernières heures, dévoré par un cancer. Et il confirme avec brio sa maîtrise de l'art de la "dramédie".
Maniant l'humour juif comme une arme de précision, chacune de ses vannes fait mouche. Parce qu'elles mêlent sens de la vacherie et poésie de la pudeur. Parce qu'elles s'inscrivent aussi à l'instar des meilleurs Apatow dans la pop culture geek de notre époque. Braff est en fait aussi à l'aise dans une synagogue qu'au Comic-Con. Mais cet humour balancé dans un parfait tempo ne l'empêche donc pas de prendre le temps de développer ses différents et nombreux personnages et de s'aventurer sur des sujets plus "sérieux".
A travers ce père condamné et son frère, geek de compétition concentré sur la confection d'un costume de cosmonaute pour le Comic-Con, Wish I was here parle ainsi de deuil et de la difficulté de renouer pour un fils, même sur un lit de mort, avec un père qui ne fut pas forcément aimant.
A travers le personnage de sa femme, celle qui fait bouillir la marmite dans cette famille, Braff raconte à sa manière la crise économique, la peur de perdre son emploi, les nouvelles hantises des classes moyennes d'aujourd'hui. A travers son propre personnage d'acteur qui n'a toujours pas percé à 35 ans, Braff évoque les rêves d'adolescent et ce moment toujours douloureux où il faut songer à s'en séparer au risque de se trahir. Enfin, à travers la relation avec ses enfants éduqués par la volonté et l'argent de leur grand-père dans une école juive, Braff parle de spiritualité et de transmission. Sans une once de prosélytisme mais avec au contraire un désir d'universalité.
Casting exceptionnel
Et quoi de mieux que le rire pour évoluer avec légèreté sur ces sujets profonds. Quoi de mieux qu'un cinéaste-scénariste-acteur qui n'a pas peur de s'aventurer sur le terrain de l'émotion et assume cette envie-là sans cynisme comme il assume ses vannes. Quoi de mieux enfin qu'un amoureux des acteurs qui s'entoure d'un casting d'autant plus exceptionnel qu'on n'a pas le sentiment de les voir squatter les écrans à tout bout de champ.
De Mandy Patinkin (Homeland) dans le rôle du père à Kate Hudson (dans son meilleur rôle depuis Presque célèbre) dans celui de sa femme en passant par Josh Gad (Jobs) dans celui du frère et le soin apporté aux rôles même les plus secondaires (savoureux Ashley Green, Jim Parsons et James Avery, l'acteur culte du Prince de Bel Air pour son ultime scène avant sa disparition, tous témoignent de la précision de ses choix.
Avec en bonus, une révélation dont on entendra parler dans les années à venir: Joey King (qui fut sa partenaire dans l'Oz de Sam Raimi et Marion Cotillard enfant dans The Dark Knight rises). Sa prestation en jeune fille férue de religion juive résume à elle seule ce bijou de film: profonde, chaleureuse, délicieuse et hilarante.
Dix ans après Garden State, Braff cultive certes les mêmes obsessions (la mort, l'enfance, la transmission...) Mais il le fait avec la maturité de son âge et non en éternel adulescent. Il a su grandir sans se renier ni se répéter. Sundance 2014 tient son premier sommet!
