Années 40
Spielberg naît un an après la fin de la Seconde guerre mondiale. Ses oeuvres les plus mémorables, abouties, restent liées à cette thématique qui constitue la pierre angulaire de la filmographie du réalisateur. La Liste de Schindler, 1941, Empire du Soleil, Il faut sauver le soldat Ryan, Indiana Jones et la dernière croisade... Le Spielberg producteur rassasie aussi sa passion: les séries Band of brothers, The Pacific... et deux films de Clint Eastwood consacrés au conflit: Mémoires de nos pères et Lettres d'Iwo Jima. Normal, les histoires que son papa a vécues pendant la guerre ont toujours fasciné le petit Steven et ont nourri son désir de réaliser Il faut sauver le soldat Ryan.
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Années 50
Dans son livre Citizen Spielberg, le journaliste John Baxter explique que "le milieu socioculturel de prédilection de Spielberg adulte reste celui de l'écolier banlieusard de la fin des années 50". Richard Dreyfuss, interrogé dans l'ouvrage et acteur chouchou du réalisateur, ajoute que celui-ci "a une "histoire d'amour avec la bourgeoisie banlieusarde, il pourrait faire des films entiers sur des fêtes de quartier si l'envie lui en prenait".
Son peintre préféré est Norman Rockwell, populaire dans les années 50. Le réalisateur possède une collection d'oeuvres du peintre, dont celle d'un petit garçon accroché au bord d'un plongeoir. "Nous sommes tous à un moment ou un autre confronté à cette situation où nous hésitons à franchir le pas, prendre des risques. Le cinéaste déclare avoir été au bord de cette planche pendant 11 ans avant de se décider à réaliser La Liste de Schindler" explique Isabelle Spicer sur le blog du Monde Délit d'initié.
Années 60
"Je n'aimais pas la Californie. Ce n'est qu'à 20 ans, au milieu des années 60, quand nous avons déménagé à Los Angeles, que ça a mieux été. J'y ai fait la connaissance du bibliothécaire d'Universal Studios, et j'y passais mon temps" raconte le réalisateur à L'Hebdo suisse. "Tout le monde me connaissait et pensait que j'y travaillais, ce qui n'était pas le cas. En réalité, je cherchais des rencards pour le déjeuner: avec Cary Grant, Rock Hudson ou Charlton Heston. Tout le monde pensait que j'étais un jeune réalisateur plein d'avenir." Ils avaient raison, ses premiers courts métrages, dont Escape to nowhere en 1961, font preuve d'une qualité et d'une maîtrise étincelantes. Il suffit de constater les plans ci-dessous qui préfigurent déjà ceux d'Il faut sauver le soldat Ryan.
Années 70
Une décennie productive, formatrice pour Spielberg. Productive, car le réalisateur dirige plusieurs épisodes de séries, dont un épisode de Columbo, "Murder by the book". Formatrice car c'est une période de succès dingues et de désillusions. Le tsunami planétaire des Dents de la mer, qui change à jamais la distribution des films d'été, n'empêche pas une déception profonde: l'absence de nomination du réalisateur aux Oscars en 1977. Un document vidéo fantastique montre la réaction déçue du jeune cinéaste face à son écran de télévision. Autre cruauté à suivre: le bide de 1941, sorti en 1979.
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Années 80
L'apogée. Après le succès mondial d'E.T, la suite est bien sûr évoquée par les studios. La magie d'Internet ressort un synopsis possible du retour de l'extraterrestre le plus trognon du cinéma. Attribué à Spielberg, selon un scan qui circule depuis des années, le texte sent malheureusement le fake à plein nez. Jamais authentifié par le réalisateur, le film s'intitule E.T Nocturnal fears, sombre, violente, trop étrange, avec un congénère de E.T qui soumet Elliot et les enfants à la question, digne d'un Obersturmführer galactique! Le réalisateur ne raffole pas des suites: "J'ai trop confiance en moi lorsque j'en entreprends une, je me dis que le premier a fait tellement de dollars que la suite sera facile, au bout du compte je fais un film inférieur au précédent".
Une espèce de suite de E.T existe en vrai, sous la forme d'une attraction aux studios Universal. Le visiteur doit aider l'alien à sauver sa planète, sur laquelle il est gentiment accueilli. Voilà, ça c'est la patte Spielberg.
Années 90
Spielberg met tout le monde d'accord grâce à deux films. Jurassic Park et La Liste de Schindler. Il monte le premier alors qu'il tourne le deuxième en Pologne. Deux Oscars, des projets à la pelle, mais aussi une peine immense: la mort de Stanley Kubrick. En 1999, quatre mois après le décès du réalisateur, Spielberg se confesse à Paul Joyce. Il explique l'impact de la filmographie de Kubrick sur la sienne, leur amitié et leur relation de confiance. Spielberg réalisera A.I en 2001, le film dont rêvait Kubrick, en respectant à la lettre tous ses voeux, contrairement à ce qu'assènent les détracteurs de Spielberg. Les décors, les plans et même la fin qui tire les larmes des yeux avec des gros crochets, est respectée.
Années 2000
La période de croisière, un rythme soutenu, sept films en dix ans, mais des grands écarts, du sublime Minority Report à la boulette Indiana Jones et le crâne de cristal. Des longs métrages qu'il a failli réaliser, aussi, comme Interstellar, Walter Mitty, American Sniper... "L'odyssée de la noirceur" évoque le blog The Screen Addict, à raison: un robot abandonné par sa maman dans les bois au début de A.I, l'assassinat de sportifs de membres de l'équipe israélienne dans Munich, un homme abandonné dans un aéroport dans Le Terminal, l'invasion mondiale dans La Guerre des mondes...
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La décennie suivante est plus optimiste. Spielberg adapte son rêve, Tintin. L'Express racontait en 2011: "Spielberg et Hergé avaient prévu de se voir, pour la première fois, fin mars 1983, en Belgique. Le créateur de Tintin, qui avait adoré Duel, est aux anges. Ce perfectionniste maniaque n'a jamais été convaincu par les adaptations de ses albums, dessins animés ou "vrais" films comme Tintin et les oranges bleues (...) Confiant, Hergé a donc décidé de laisser carte blanche au réalisateur américain." Bingo, le résultat, au potentiel casse-gueule élevé, respecte l'atmosphère des albums.
En juin 2016, Steven Spielberg met toujours la gomme. Il fait même visiter les studios Universal à un journaliste, sur une voiturette (voir vidéo ci-dessous). Son papa vient de fêter ses 99 ans. Imaginez un peu encore deux décennies du rejeton. Hâte d'assister à sa rencontre du troisième âge.
