Sculpturale. Sigourney Weaver déplie son 1,90 mètre pour vous accueillir dans un palace d'Amsterdam en juin dernier. De sa voix posée et avec son allure doublement classe, elle vous tend la main et vous sourit, histoire de détendre l'atmosphère. Elle parle d'Avatar pour la première fois à un journaliste. Un café ne sera donc pas de trop...
Vous connaissez James Cameron depuis longtemps, vous avez déjà tourné ensemble. Vous étiez heureuse de le retrouver ?
Sigourney Weaver :Je ne me suis pas posé la question ainsi. Nous sommes restés amis depuis Aliens...il m'a appelée il y a quelques années pour me soumettre le scénario de ce projet. Mais j'aurais retravaillé avec lui quoi qu'il arrive. Jim est passionné, visionnaire. Travailler avec lui est donc une expérience unique. C'est à chaque fois la grande aventure !
Sam Worthington et les autres acteurs parlent de lui comme d'un cinéaste qui a besoin de se retrouver en "famille" pour travailler...
Choisir ses acteurs est essentiel pour James. Sur un plateau, il a besoin de rapports humains, d'interaction, de dialogue entre les acteurs. C'est une famille dans sa vision la plus traditionnelle.
Pourtant, vous avez dû affronter des défis techniques inédits sur le plateau. A quoi se résume le travail d'un acteur dans un film comme Avatar?
Certains le compare à du théâtre. Je le vois plus comme un jeu d'enfant puisque on tourne sans décors ni repères. Tous les acteurs portent une combinaison bardée d'électronique. Sam et Zoe avaient en permanence des petites cameras attachées qui filmaient leurs expressions. Mais au bout de cinq minutes, plus personne n'y pensait. Et d'un coup, on vous dit : "ça, c'est ton arme, ça, c'est une pierre. Et là au fond, c'est le vaisseau. OK, action !" Il n'y a pas mieux pour stimuler l'imagination et redevenir un enfant. Cela me rappelle une pièce très modeste que j'avais joué avec mon mari off Broadway. Nous n'avions ni costumes ni décors. Il fallait tout faire passer par le corps et la voix... Vous voulez un peu de café ?
Euh... Pardon ? Oui, bien sûr...
Quitte à frôler la crise de tétanie pour de surplus de caféine, un p'tit noir proposé et servi par Sigourney, ça ne se refuse pas. C'est comme ça...
Vous êtes la tête d'affiche d'Avatar...
Je l'étais jusqu'au jour de la sortie mais le public gardera à l'esprit ce que font Zoe Saldana et Sam Worthington dans le film ! Je pense que les jeunes générations ne feront pas la queue devant les cinémas pour moi, mais pour découvrir Pandora et vivre cette aventure en 3D. J'espère que cela changera leur rapport au cinéma mais aussi qu'Avataraura un effet bénéfique sur l'industrie du cinéma.
Ne le prenez pas mal, mais quand on a vu votre nom adossé au projet, beaucoup se sont dit : on est heureux qu'elle soit de retour...
(Rires.)
C'était une volonté de moins apparaître à l'écran ces dernières années ?
Beaucoup de films dans lesquels j'ai joué n'ont pas été distribués aux États-Unis comme en Europe (The Girl in the Parkou Snow Cake). J'aime faire des films indépendants et sans gros budget. Ils sont souvent mieux écrits et ils se tournent plus vite, ce qui m'a permis de passer du temps avec ma fille qui effectuait à sa scolarité. Les superproductions ne me manquent pas.
Parlons de la France et en français puisque vous parlez très bien notre langue. Vous êtes consciente du capital sympathie à votre égard ?
Elle rougit, refuse, me regarde : "S'il vous plaît, je ne sais pas"... Un ange passe et l'envie de café se fait à nouveau ressentir...
Je le sens quand je viens en France et j'en suis heureuse parce que, pour moi, les Français sont les meilleurs cinéphiles du monde. Mes films préférés sont La règle du jeuet La grande illusion.J'ai même revu récemment Au revoir les enfantset Les diaboliques.
Depuis Le retour de Martin Guerre,on ne vous a plus jamais proposé un film français ?
Non, mais avec de l'entraînement, je serai partante pour le refaire et tourner en français. Mais vous avez assez de bonnes actrices pour que les réalisateurs ne pensent pas à traverser l'Atlantique pour venir me chercher !
Vous ne serez pas dans Ghostbusters 3?
Harold Ramis, Ivan Reitman et Bill Murray, ceux que j'appelle "les mecs de Ghostbusters" [en français] ont un projet, mais je ne serai pas dedans. Je leur ai conseillé d'y inclure le fils de mon personnage !
Sigourney Weaver sourit, mais le temps de l'interview est terminé. Heureuse d'avoir passé son épreuve en français sous mes demandes insistantes. Elle se ressert une tasse de café...
