A Bucarest, quelques jours après l'attentat contre Charlie Hebdo, une famille se réunit pour commémorer le 40e jour de la mort du père. Lary (Mimi Branescu), le frère aîné, arrive avec sa femme Laura (Catalina Moga) après avoir déposé ses enfants à sa belle-mère. Sur place, il retrouve ses frères, soeurs et cousins. De cette situation familière à de nombreuses cultures, Christi Piui a tiré Sieranevada, un huis clos âpre, survolté et étiré dans le temps. Le réalisateur roumain a présenté jeudi son film au Festival de Cannes. Alternant les moments d'attente et de crise, les membres de la famille vont révéler leurs peurs et leurs conflits.

Il y a du Festen dans ce film de famille où s'affrontent les générations. Entre les anciens qui veulent rester fidèles à la tradition et les jeunes qui agissent par devoir, on sent d'emblée un gouffre. Les opinions vont se tendre quand la discussion se fait politique au milieu des banalités familiales. Il y a ceux qui continuent à défendre le bilan du communisme, ceux qui pensent que le gouvernement passe son temps à mentir aux citoyens. A cet égard, le débat sur les théories complotistes du 11 septembre est aussi captivant que drôle.

Une mise en scène audacieuse

Et puis, la tension de l'après-midi monte au fur à mesure du temps - l'action est en temps réel - quand la famille attend la venue du pope chargé de faire la prière pour l'âme du mort. Dans le huis clos de l'appartement parental, les relations de couple sont chauffées à blanc et explosent.

Mais ce qui surprend le plus dans Sieranevada, c'est l'audace de sa mise en scène. Le réalisateur manie avec dextérité le long plan séquence. Dès la scène d'ouverture, on est bluffés par cette dispute filmée de loin, dont on n'entend quasiment pas les dialogues et dont le vacarme de la rue vient amplifier la tension. Dans l'appartement, Christi Piui fait le choix, le plus souvent, de rester dans l'exigu hall d'entrée et l'action ne nous parvient que par bribes via des portes qui s'ouvrent furtivement.

Malgré ses 2h53, le film ne parait pas souffrir de longueur, même s'il faut l'avouer, on a souvent envie comme la famille d'accélérer le temps pour qu'enfin débute le repas de famille. Quand finalement débutent les agapes, on ne reste pas sur sa faim.