On ne présente plus Olivier Stone et son talent inimitable pour shooter dans les fourmilières et, de Platoon à Tueurs nés, offrir d'inconfortables perspectives à l'histoire de son pays. Pourtant, avec le temps, sa vista avait semblé se troubler, le spectateur ne sachant que penser de son portrait bizarre de George W. Bush ou du très ambigu World Trade Center. Comme si Stone se refusait à penser à sa place, livrant des faits, formulant des hypothèses, mais sans statuer. C'est l'impression que laisse Savages. Si Stone livre un récit à la tension permanente et au style impeccable, sa propension à explorer plusieurs pistes en parallèle rend impossible de connaître son sentiment profond sur le sujet. Vantant les vertus thérapeutiques du cannabis, décrivant la scène d'après les horreurs des cartels mexicains ou faisant le portrait désabusé d'un flic ripou... On pourra toujours louer l'absence d'angélisme de Savages et admirer le talent d'Aaron Johnson. En jeune dealer tournant (jusqu'à la contradiction) le dos à la violence qu'induit nécessairement le trafic de came, il vole littéralement les scènes. Sa trajectoire est aussi flottante que la pensée de Stone, ce qui paradoxalement finit par offrir sa richesse au film.