En 2000, Cannes avait snobé Tout sur ma mère, ne lui donnant qu'un prix de consolation? Qu'à cela ne tienne! Cette année, Almodovar n'a pas envoyé Parle avec elle. Histoire de prouver qu'il n'a pas besoin de la Croisette pour faire un tabac. Le plus international et le plus espagnol à la fois de tous les réalisateurs ibériques a ses petites susceptibilités. Il a d'autant mieux savouré sa revanche qu'il a reçu un oscar quelques mois après son revers cannois. On l'a vu monter sur scène, défaillir dans la grande tradition de sainte Thérèse d'Avila, remercier sa mère et la Sainte Vierge dans un anglais si abracadabrant qu'à côté de lui Roberto Benigni ressemblait à un prof d'anglais, a-t-on commenté. On a cru un temps qu'il allait céder aux sirènes hollywoodiennes. Mais non, il est rentré au pays. Et il s'est remis au travail. Studieusement. Le temps est bien loin où le petit employé des postes débarqué de Calzada de Calatrava, un trou perdu dans la platitude aride de la Manche, hantait les nuits madrilènes. Il ne renie rien de l'époque. Simplement, «je ne m'amuse plus», dit-il. Les délires de Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier appartiennent au passé. Les yeux noirs d'Almodovar, intenses et brûlants comme ceux de Buñuel et de Picasso, se portent sur d'autres sujets. Graves. L'exubérance kitsch a laissé place à un style épuré et à un humour plus tendre. «La célébrité m'a épuisé. Je crois que je suis devenu plus triste et plus sévère avec moi-même. J'ai une vision moins ludique de la vie», déplore-t-il. Oui, mais... Soyons honnêtes, la célébrité lui a aussi permis de réaliser un grand rêve de son existence: poser avec son oscar à la Une de Hola!, l'inégalable magazine des têtes couronnées et la bible de l'actualité rose. Royal, non?