Au commencement était le Pi (1998), premier long-métrage, assez barré, et brillant, de Darren Aronofsky, où il est question d'un gars cherchant à comprendre le mystère des chiffres pour décrypter celui du monde. Puis vinrent Requiem for a Dream (2000), ou l'exploration de paradis artificiels en forme de grand film coup de poing, The Fountain (2006), délire ridicule sur l'immortalité, The Wrestler (2009), émouvante histoire de rédemption sur un catcheur adepte de la multiplication des pains, enfin Black Swan (2011), qui raconte, autour du Lac des cygnes, la lutte du bien et du mal, du blanc et du noir, de Dieu et du diable.

C'est dire si le religieux et la métaphysique travaillent le cinéaste au cortex. Il y répond avec plus ou moins de bonheur, mais avec un sens du foutraque relativement développé. Il fait autant dans le pompeux que dans la chronique sociale ou dans la série améliorée. Cinq films, et Darren Aronofsky reste, lui aussi, un mystère: réalisateur important ou petit metteur en scène parfois inspiré? Et voici qu'arrive Noé, son grand oeuvre, qu'il a porté à bout de bras, prêchant la bonne parole pour convaincre des producteurs réticents, publiant d'abord une bande dessinée afin de donner corps et âme à son projet, qui, comme son titre l'indique, déroule la vie d'un patriarche biblique à qui Dieu a demandé de construire une arche pour sauver les animaux du déluge; Noé étant le "père" de toute l'humanité, ce qui n'est quand même pas rien.


Finalement, Darren Aronofsky n'a pas encore trouvé sa voie, même si elle est plutôt glissante aujourd'hui. D'un côté, Noé est un barnum s'essayant au blockbuster spectaculaire, mais qui ratisse bas de gamme à cause d'un scénario qui voudrait jouer l'aventure heroic fantasy sans s'en donner le droit, puisqu'il est en terrain miné et religieux; d'autant qu'Aronofsky n'arrive pas à la cheville d'un Peter Jackson. De l'autre, c'est un kouglof darwino-créationniste, une performance qu'il faut noter, où la petite graine plantée par Adam et Eve, transformés en gros vers luisants, sonne le départ de l'évolution des espèces. C'est donc ennuyeux et idiot à tous les étages. Pas de miracle?