No Country for Old Men est un western policier très noir traversé d'humour, un pur chef-d'?uvre reparti pourtant bredouille du Festival de Cannes. Après une baisse de régime (Ladykillers), les frères Coen prouvent de nouveau qu'ils sont bien les maîtres dans l'art de mélanger noirceur, humour et folie (voir dossier p. 68). Le old man, c'est le shérif Bell (Tommy Lee Jones, formidable), vieux flic usé dont les valeurs traditionnelles (le Bien, le Mal, la loi, tout ça?) sont pulvérisées par les nouvelles règles du jeu imposées par les criminels d'aujourd'hui, trafiquants de drogue sans foi ni loi mais d'une violence brutale, inhumaine. Le vieil homme, c'est notre regard, impuissant. Le country, c'est l'Ouest américain, la frontière texane, symbole par excellence du monde qui change, et pas en bien. L'histoire est avant tout une chasse à l'homme, conséquence (épouvantable) d'un coup de tête, celui de Llewelyn Moss (Josh Brolin, remarquable), un cow-boy brut comme le désert qui l'entoure mais brave, qui s'est emparé de l'argent des trafiquants. Erreur, ces gens-là détestent se faire doubler. Ils mettent sur sa piste un homme de main, Anton Chigurh (Javier Bardem, franchement génial), monstre froid à la coupe de cheveux improbable, regard vide et extincteur à la main. Chigurh est le symbole de la violence pure, mystérieuse et fascinante produite par notre société. Un Frankenstein des temps modernes. La mise en scène, magistrale, nous tient en haleine de bout en bout, terrifiés et traversés de rires par les éclairs d'humour salvateurs. Même les paysages texans (balayés, ratissés même par le cinéma) prennent un relief spectral. Certaines scènes restent dans la tête, pas forcément les scènes clés mais celles qui disent que ce monde est aux mains des fous. Pour se consoler, on se dit que ce monde produit aussi de grands artistes.