Si vous avez un tant soit peu envie d'aller voir ce film, ne lisez cette critique qu'en rentrant du cinéma ! Car la force de Never Let Me Go c'est de vous faucher après le premier tiers du film. Tout commence par une histoire d'amitié dans un pensionnat britannique des années 90 où règne une discipline de fer. "Déjà vu, se dit-on, un peu déçu." Puis, furtivement, on nous révèle la véritable nature des élèves et de leur enseignement. Un film de science-fiction dans le passé, voilà qui est original. Avec son scénario à trous, Alex Garland (La plage) a très fidèlement adapté le roman de Kazuo Ishiguro (Auprès de moi toujours). Le spectateur est à la fois choqué par le destin réservé à ces adolescents et hanté par les questions que pose leur existence. La scène où une des filles part à la recherche de son original est bouleversante. Pour nous attacher encore plus à ses personnages, Mark Romanek a mis l'accent sur l'histoire d'amour du trio. Il faut dire qu'il est interprété sur une belle note grave par la crème du jeune cinéma anglais : Keira Knightley, Carey Mulligan et Andrew Garfield. Certes, leurs atermoiements font parfois un peu "comédie romantique" et tranchent avec la réflexion éthique que devrait entraîner le propos. On peut s'en agacer. Mais Never Let Me Go est surtout une manière de nous amener à nous interroger sur nos vies. Et si tout ça était déjà en train d'arriver ?