Pour sa soixante-huitième édition, placée sous le signe d'une internationalité plus que jamais attestée avec plus de 35 pays représentés dans les diverses sélections (dont la Syrie avec trois courts-métrages), La Mostra aura su résister à la fois aux problèmes financiers (plus de trente millions d'euro engloutis dans un vaste projet de rénovation du site actuellement interrompu) et à l'ombre envahissante du Festival de Cannes. Grâce surtout à une sélection qui entre grands maîtres (Polanski, Cronenberg, To...) et outsiders séduisants (Steve McQueen, Andrea Arnold...) aura défendu une belle idée artistique et politique du cinéma.

C'est au Faust de l'esthète Aleksander Soukorov, inspirée de la tragédie de Goethe (la compétition aura fait la part belle à de nombreuses adaptations de pièces de théâtre, souvent inspirées d'ailleurs) qu'est allé le Lion d'or, attribué par un jury majoritairement masculin (six hommes pour une seule femme) présidé par Darren Aronowski. Ren Shan Ren Hai, deuxième film du chinois Shangjun Cai, qui occupait la case toujours un peu galère du film surprise (dévoilé à la dernière minute et du coup nullement attendu) et porteur de mouise (les deux projos de presse ont été interrompues en catastrophe), repart quant à lui avec le Lion d'Argent de la meilleure mise en scène. Côté interprétation, c'est un sans faute puisque le très impressionnant Michael Fassbender glane la coupe Volpi du meilleur acteur pour le glaçant Shame de Steve McQueen, et la bouleversante Deanie Yip celle de la meilleure actrice pour Tao jie (A simple life) de la hongkongaise Ann hui. On feindra enfin de s'interroger sur la présence au palmarès du molto balourd Terraferma d'Emanuele Crialese, qui doit sans doute à sa nationalité italienne un totalement immérité Prix spécial du Jury. Même interrogation dubitative pour le Prix du scénario attribué à Yorgos Lanthimos (Canine) et Efthimis Filippou pour le script d'Alpis, sans doute l'un des plus abscons de l'année.