Une jeune femme trader aux dents longues qui gagne la confiance d'un homme d'affaires russe pour le moins louche. Des espions russes qui la surveillent. La CIA qui observe... Möbius est un peu le Canada Dry du film d'espionnage. Il en a le goût, la couleur mais il n'en est pas vraiment. Comme Les patriotes en son temps, Möbius traite de l'insoutenable légèreté de l'être, des sentiments qui viennent chambouler l'ordre établi. Dans ce registre, la passion qui réunit ceux que la vie oppose est au centre de ce polar déprimé, porté par l'incandescence d'un couple condamné avant l'heure, englué dans un désir pétri de mensonge. Jean Dujardin se laisse posséder et malmener par Cécile de France dans un exercice périlleux de désir et de faux-semblant. Elle est la grande surprise de Möbius, car elle porte littéralement le film sur ses épaules. Et puis, surtout, plus le film avance, plus on se délecte de ces retrouvailles avec le cinéma d'Éric Rochant, racé et élégant, précis et kaléidoscopique. Ce même cinéma qui sait magnifier à la fois l'intime (Un monde sans pitié) et le genre (Les patriotes). Alors, oui, on pourra regretter qu'un montage forcément éliminatoire gomme parfois à l'excès la genèse d'une histoire d'amour sur laquelle repose pourtant la dramaturgie du film. Mais Möbiusn'en demeure pas moins un film passionnant, vénéneux et ténébreux.